Un magasin de vêtements de 300 m² et une épicerie de 250 m² ont une façade similaire, mais leur facture énergétique peut varier du simple au triple. La différence ne tient pas à la surface, mais au type d’activité, à l’équipement, et à la façon dont l’énergie est gérée au quotidien. Avant de chercher à réduire sa facture, il faut savoir où l’on en est : le diagnostic énergétique d’un commerce commence par comparer son intensité de consommation aux références sectorielles de son activité.

Commerces non-alimentaires et alimentaires : deux réalités énergétiques

Un commerce de détail standard (prêt-à-porter, librairie, pharmacie, opticien) consomme en médiane 168 kWh d’énergie finale par m² et par an, selon les données issues du traitement des DPE tertiaires par l’ADEME (référentiel 2026, N=2919 bâtiments). Les établissements les plus économes descendent sous 83 kWh/m²/an, les plus énergivores dépassent 352 kWh/m²/an.

Un commerce alimentaire, avec ses vitrines réfrigérées et ses chambres froides fonctionnant en continu, présente un profil radicalement différent : la médiane s’établit à 380 kWh/m²/an, soit plus du double. Cette différence est structurelle : le froid commercial consomme de l’électricité 24 heures sur 24, 365 jours par an, quelle que soit l’heure d’ouverture du magasin.

Ce premier repère est crucial. Un commerçant qui compare sa facture à un ratio générique « commerce » sans distinguer son type d’activité risque de passer à côté d’une surconsommation réelle, ou d’essayer d’optimiser en dessous d’un plancher structurel impossible à franchir sans repenser les équipements de froid.

Les postes de consommation d’un commerce

Commerce non-alimentaire : l’éclairage en tête

Dans une boutique de prêt-à-porter, une pharmacie ou un magasin de bricolage, la répartition moyenne des consommations est la suivante, d’après les données de référence CEREN pour le commerce de détail :

  • Éclairage : 32 % — premier poste électrique, et le plus facilement réduit
  • Chauffage : 30 % — variable selon l’énergie utilisée (électricité ou gaz) et la zone climatique
  • Climatisation : 12 % — plus pesant dans les zones H3 (sud de la France) et les commerces en galeries marchandes
  • Ventilation : 7 % — souvent sous-estimé, notamment dans les locaux avec extraction d’air réglementaire
  • Eau chaude sanitaire : 3 % — poste mineur dans la plupart des commerces
  • Autres usages spécifiques : 16 % — caisses, terminaux, écrans, bornes, signalétique lumineuse

L’éclairage est à la fois le poste le plus visible et le plus accessible. Un commerce éclairé 10 à 12 heures par jour, six jours par semaine, accumule une consommation d’éclairage considérable, surtout s’il fonctionne encore avec des spots halogènes ou des tubes fluorescents dans les zones de stockage et les cabines d’essayage.

Commerce alimentaire : le froid avant tout

Dans une épicerie, un traiteur ou un magasin avec rayon frais, la structure de consommation est dominée par les équipements de froid. La climatisation et le froid commercial combinés représentent environ 35 % de la facture, l’éclairage 24 %, le chauffage 12 %, et les autres usages spécifiques (caisses, terminaux de paiement, signalétique) 14 %. L’eau chaude sanitaire et la cuisson représentent ensemble moins de 10 %.

La particularité du commerce alimentaire est que le froid tourne en permanence, y compris les nuits et les jours de fermeture. Une vitrine réfrigérée de boulangerie non couverte la nuit peut consommer jusqu’à 30 % de plus qu’une vitrine équipée de rideaux de nuit. La maintenance des joints d’étanchéité et des condenseurs est souvent le premier gisement d’économies sans investissement lourd.

Se situer par rapport aux benchmarks officiels

La méthode est la même quelle que soit la surface : divisez votre consommation annuelle totale (toutes énergies, en kWh d’énergie finale) par votre surface de plancher tertiaire. Si vous êtes un commerce non-alimentaire de 400 m² et que vous consommez 80 000 kWh par an, votre intensité est de 200 kWh/m²/an, soit nettement au-dessus de la médiane sectorielle de 168 kWh/m²/an. Vous êtes dans le troisième quartile du secteur.

Cette comparaison est le premier acte d’un diagnostic. Elle ne dit pas pourquoi vous surconsommez, mais elle confirme s’il y a un problème à diagnostiquer. Pour un commerce assujetti au décret tertiaire (surface supérieure à 1 000 m²), la cible de consommation de référence ajustée fixée par l’arrêté du 13 avril 2022 est de 125 kWh/m²/an pour les commerces non-alimentaires. Un commerce à 200 kWh/m²/an doit encore réduire de 37,5 % pour atteindre cette cible.

Décret tertiaire et commerces

Si votre surface de plancher tertiaire atteint ou dépasse 1 000 m², vous êtes assujetti au décret n°2019-771 du 23 juillet 2019, dit décret tertiaire. Vous devez :

  1. Déclarer vos consommations annuelles sur la plateforme OPERAT (délai : 30 septembre de l’année suivante)
  2. Définir une année de référence et une trajectoire de réduction vers -40 % en 2030
  3. Produire un plan d’action documenté si la trajectoire est en retard

Pour les commerces, la cible CABS 2030 est fixée à 125 kWh/m²/an pour le commerce non-alimentaire (source : arrêté du 13 avril 2022 modifiant l’arrêté du 10 avril 2020). Il n’existe pas d’arrêté spécifique séparé pour le commerce alimentaire avec froid intégré, ce qui crée une zone d’interprétation : un commerce alimentaire ne peut pas viser 125 kWh/m²/an sans supprimer ses équipements de froid.

Si votre commerce est sous le seuil de 1 000 m², le décret tertiaire ne s’applique pas. Cela ne réduit pas pour autant l’intérêt d’un diagnostic : votre facture d’énergie n’a pas de seuil d’exemption.

3 actions prioritaires pour un commerce

Action 1 : remplacement de l’éclairage en LED avec gestion de présence

Pour un commerce non-alimentaire, c’est systématiquement la première action à évaluer. Un magasin de 300 m² équipé de 100 spots halogènes de 50 W consomme environ 15 600 kWh par an rien que pour l’éclairage (10 h/jour, 310 jours/an). Le remplacement par des LED de 8 W réduit cette consommation à 2 480 kWh. En ajoutant des détecteurs de présence dans les zones de stockage, cabines et sanitaires, le gain supplémentaire est de 30 à 50 % sur ces zones.

Investissement typique pour 300 m² : 800 à 2 500 euros selon la qualité des produits. Retour sur investissement : 1 à 3 ans selon le tarif d’électricité et le nombre d’heures d’utilisation.

Action 2 : régulation du chauffage-climatisation sur les horaires d’ouverture

Un commerce qui chauffe ou climatise la nuit et le week-end gaspille 20 à 40 % de son budget CVC. La mise en place d’une programmation horaire simple (thermostat programmable ou régulateur WiFi) permet de ramener la consigne à une température de relance (10 à 12 °C en hiver, 28 à 30 °C en été hors occupation) pendant les périodes de fermeture. Cette action ne nécessite pas de travaux et s’installe en quelques heures.

Pour les commerces en galeries marchandes avec des horaires stricts, la vérification que la GTB centrale de la galerie est correctement paramétrée sur votre espace propre est souvent plus rentable qu’un équipement individuel.

Action 3 : entretien et optimisation du froid commercial (alimentaire)

Pour un commerce alimentaire, la priorité numéro un n’est pas l’éclairage mais le froid. Trois actions simples concentrent l’essentiel du potentiel :

  • Nettoyage des condenseurs : des condenseurs encrassés peuvent augmenter la consommation du groupe froid de 10 à 30 %. Un nettoyage annuel est suffisant.
  • Vérification des joints de portes et fermetures : un joint défaillant sur une vitrine réfrigérée peut coûter 200 à 600 kWh supplémentaires par an par meuble.
  • Pose de rideaux de nuit sur les meubles ouverts : une vitrine ouverte non couverte la nuit peut consommer 20 à 30 % de plus qu’une vitrine couverte. Les rideaux de nuit s’installent sans modification de l’équipement et s’amortissent en quelques mois.

Commencez par mesurer

Un diagnostic énergétique d’un commerce ne commence pas par un audit à plusieurs milliers d’euros. Il commence par un calcul simple : consommation annuelle divisée par surface, comparé aux médianes de votre secteur. Si l’écart est significatif, il faut creuser. Si vous êtes dans la médiane, il peut y avoir un gisement dans les actions comportementales et organisationnelles avant d’envisager des travaux.

Le pré-diagnostic Diag-Tertiaire réalise ce calcul en 3 minutes, compare votre intensité aux références sectorielles ADEME, et propose 3 à 5 actions prioritaires avec un retour sur investissement estimé. Le rapport est gratuit et téléchargeable en PDF.