7 °C

C’est ce qui sépare le plafond de chauffage du seuil de déclenchement du froid. Le code de l’énergie plafonne le chauffage en moyenne à 19 °C (article R.241-26) et n’autorise le fonctionnement d’un système de refroidissement que lorsque la température intérieure dépasse 26 °C (article R.241-30).

Sept degrés séparent les deux bornes, et il faut lire chaque texte pour ce qu’il dit. Les 19 °C sont un plafond de chauffage, apprécié en moyenne sur l’ensemble des locaux d’un même bâtiment et hors périodes d’inoccupation. Les 26 °C sont un seuil de déclenchement du froid, mesuré sur la température intérieure. Entre les deux, la réglementation ne vous interdit pas de chauffer moins : elle vous interdit de refroidir. Dans beaucoup de locaux professionnels, cette bande de sept degrés est écrasée à deux, parfois moins. Le reste de l’année, cela ne se voit pas : en janvier on chauffe, en juillet on refroidit. En octobre, les deux tombent dans la même journée, et le réglage devient visible sur la facture.

Voici ce qui se passe réellement heure par heure dans votre local, ce que cela coûte, calcul fait, et les trois manipulations à faire, y compris quand la régulation ne vous appartient pas.

Le symptôme : une facture d’octobre qui ne colle pas à la saison

Le constat est toujours le même. Personne ne s’est plaint du froid, personne n’a demandé la climatisation, et pourtant la consommation d’octobre ne descend pas comme elle le devrait par rapport à celle de septembre.

Ce n’est pas un pic comparable à celui de janvier, et il faut le dire clairement plutôt que de vendre une alerte. La consommation de chauffage d’octobre reste très inférieure à celle du cœur d’hiver. Ce qui est anormal, c’est qu’elle ne soit pas quasi nulle : sur un mois dont la moyenne nationale tourne autour de 13,5 °C mais dont les après-midi atteignent souvent 22 à 24 °C, un local correctement réglé consomme peu en chauffage et rien du tout en froid.

Octobre est donc moins un problème qu’un révélateur. Et ce qu’il révèle se paie ensuite tout l’hiver.

Ce qui se passe réellement dans votre local, heure par heure

Prenons une journée d’octobre banale : 9 °C au petit matin, 24 °C en début d’après-midi, ciel dégagé.

Une journée d'octobre heure par heure dans un local professionnel La température extérieure passe de 9 degrés à 8 heures à 24 degrés en début d'après-midi, puis redescend. Le chauffage fonctionne le matin de 8 h à 9 h 30, la climatisation de 14 h à 15 h 30, soit trois heures de fonctionnement effectif dans la journée. Une journée d'octobre, et deux machines qui se relaient Température extérieure, local réglé avec un écart de consignes de 2 °C 26 °C 17 °C 8 °C Chauffage, 1 h 30 Climatisation, 1 h 30 8 h 12 h 16 h 19 h Journée type. Les plages de fonctionnement dépendent de vos consignes et de l'exposition de chaque pièce.
La météo pose le décor ; ce sont vos consignes qui décident du reste. Seule la température extérieure est tracée ici : les consignes, elles, sont dans votre régulation.

8 h. Le local est à 17 °C après la nuit. Le chauffage démarre pour atteindre la consigne. Comme la relance part de bas, il tourne à pleine puissance pendant une à deux heures, et il ne s’arrête pas exactement à la consigne : l’inertie du bâtiment et des émetteurs fait dépasser d’un degré ou deux.

11 h. Le local a dépassé la consigne de chauffage d’un ou deux degrés sous l’effet de l’inertie. Les occupants sont arrivés, l’éclairage et le matériel dégagent de la chaleur, le soleil entre par les vitrages sud : il est déjà à la limite de la consigne de froid.

12 h à 14 h. Le seuil est franchi et la climatisation démarre. Elle évacue à la fois l’apport solaire de l’après-midi et une partie de la chaleur que vous avez payée le matin. Avec un écart de consignes de deux degrés, ce basculement arrive plus tôt qu’on ne le croit : c’est bien le problème.

17 h. Le soleil baisse, les occupants partent, la température retombe. Selon le réglage, le chauffage peut redémarrer avant la fermeture.

Deux précisions honnêtes. Sur une installation multi-split, il est normal qu’une unité au nord chauffe pendant qu’une unité au sud refroidit : ce sont deux pièces différentes. Ce qui ne l’est pas, c’est qu’une même unité fasse les deux dans la même journée sur la même pièce.

Ce que ça coûte, calcul fait

Le calcul ne demande qu’une donnée, et elle est écrite sur votre machine : la puissance électrique absorbée, sur la plaque signalétique de l’unité extérieure. Deux confusions à éviter. Ce n’est pas la puissance frigorifique ou calorifique, qui est plus élevée : c’est la puissance absorbée qui passe au compteur. Et sur un multi-split, cette plaque donne la puissance du système entier, pas celle d’une unité intérieure : celles-ci ne consomment que leur ventilateur, quelques dizaines de watts. Ne multipliez donc pas par le nombre de bouches.

Pour un multi-split qui absorbe 3 kW et fonctionne trois heures effectives dans la journée, une heure et demie en chauffage le matin et autant en froid l’après-midi : 3 kW × 3 h × 0,22 €/kWh hors TVA, prix de la bande de consommation 0,02 à 0,5 GWh par an (SDES, prix du gaz et de l’électricité au 1er semestre 2025), soit environ 2 € pour la journée. Si votre local est équipé de mono-splits indépendants, comptez machine par machine.

Le multiplicateur, maintenant. Combien de journées de ce type comptez-vous ? Ne prenez pas une statistique météo : elle décrirait une ville, pas votre local. Le critère est le suivant, et il se compte sur vos propres relevés ou simplement sur vos souvenirs de la saison passée :

Une journée compte si le local a démarré la matinée sous 18 °C et a dépassé 24 °C dans l’après-midi.

Sur une trentaine de journées de ce type, on arrive à une soixantaine d’euros pour la mi-saison. C’est réel, c’est récupérable, et c’est modeste. Si l’article s’arrêtait là, il ne vaudrait pas votre temps.

Le vrai gain est ailleurs, et il ne tient pas à l’écart mais au niveau. Un écart de 2 °C ne dit rien du niveau absolu : un couple 20/22 °C a le même écart qu’un couple 22/24 °C. Allez donc lire votre consigne de chauffage, et pas seulement l’écart. Beaucoup de locaux sont à 22 °C sans que personne l’ait décidé.

Si c’est votre cas, la redescendre pèse toute la saison de chauffe, pas seulement octobre. L’ADEME retient environ 7 % de consommation de chauffage en moins par degré abaissé (ADEME, sobriété énergétique en entreprise) ; ce repère est établi sur le logement, et nous l’élargissons ici à une fourchette de 5 à 10 % pour tenir compte de l’isolation et de l’émetteur, élargissement qui est le nôtre et non celui de l’ADEME. Sur une facture de chauffage de 4 000 €, passer de 22 à 20 °C représente de l’ordre de 400 à 800 € par hiver.

Octobre coûte une soixantaine d’euros. Le réglage qu’octobre révèle en coûte plusieurs centaines.

Les trois manipulations, y compris en mode AUTO

Vous n’avez pas besoin de connaître la marque de vos unités. Les télécommandes de climatisation réversible se ressemblent toutes sur l’essentiel, et les fonctions se repèrent par leurs pictogrammes.

Sortez du mode AUTO. Le triangle ou le sigle AUTO ne désigne pas un mode intelligent : il désigne un mode qui bascule seul entre chaud et froid autour d’une consigne unique. La plupart des constructeurs y ajoutent une bande morte de un à trois degrés, mais elle est figée dans la machine et vous ne la réglez pas : en mi-saison, elle est presque toujours trop étroite. Choisissez donc explicitement votre mode. Les cinq pictogrammes que vous trouverez sont, dans la grande majorité des cas : un soleil pour le chauffage, un flocon pour le froid, une goutte pour la déshumidification, un ventilateur pour la ventilation seule, et un triangle ou deux flèches opposées pour le mode automatique.

Écartez les deux consignes. C’est la manipulation qui rapporte le plus. Descendez la consigne de chauffage et remontez celle de froid jusqu’à obtenir un écart large. La réglementation vous donne le cadre : 19 °C en moyenne côté chauffage, pas de refroidissement en dessous de 26 °C intérieurs. Les exceptions existent, et elles sont de deux ordres (article R.241-31 du code de l’énergie) : d’une part les locaux de soins, les établissements hospitaliers et ceux qui accueillent des personnes âgées ou de jeunes enfants, par renvoi à l’article R.241-29 ; d’autre part les bâtiments qui, en raison de contraintes liées à leur usage, doivent garantir des conditions particulières de température, d’hygrométrie ou de qualité de l’air. Un local de bureaux ou un commerce ordinaire n’entre dans aucune des deux.

Coupez la relance du soir. Dans beaucoup d’installations, une plage horaire couvre encore la fin de journée alors que le local se vide à 18 h. Vérifiez les plages programmées unité par unité : c’est fastidieux une fois, et cela ne se refait pas.

Un détail qui bloque plus souvent qu’on ne le croit : une télécommande sans capot de pile, qui traîne dans un tiroir depuis deux ans. Un capot se remplace pour trois euros, et ce n’est pas une raison de renoncer au réglage. Le reste de la préparation de la saison est détaillé dans notre article sur la préparation du chauffage d’un local pour l’hiver.

Quand la régulation ne vous appartient pas

Cas très courant : l’installation est pilotée par une régulation centrale dont vous n’avez pas les codes, et la société d’entretien intervient une fois par an sans vous laisser de trace écrite des paramètres. Personne ne vous a expliqué comment cela fonctionnait, y compris celui qui vous facture la maintenance. Le sujet n’est donc pas de savoir ce que vous auriez dû faire, mais comment reprendre la main durablement.

Avant l’intervention, demandez le relevé des paramètres en place, par écrit. Cinq éléments suffisent, et ils tiennent dans un mail court, en formulation neutre :

Bonjour, En vue de la visite d’entretien, pourriez-vous me transmettre le relevé des paramètres actuellement en place sur l’installation : consigne de chauffage, consigne de refroidissement, écart entre les deux, plages horaires programmées, et mode de fonctionnement de chaque unité intérieure ? Je souhaite disposer de ce relevé avant et après l’intervention, afin de suivre l’évolution des réglages dans le temps. Merci par avance.

Après l’intervention, redemandez le même relevé. C’est la comparaison des deux qui a de la valeur : elle vous dit ce qui a été modifié, et elle instaure l’habitude sans mettre personne en cause.

Sur les codes installateur, soyons précis : aucun texte ne vous donne un droit général d’accès aux paramètres constructeur, même si vous êtes propriétaire de la machine. Sur ce point-là, c’est contractuel. Faites donc de la remise des codes, ou d’un accès de niveau utilisateur permettant au moins de modifier les consignes et les plages, une condition explicite au renouvellement de votre contrat d’entretien. Un prestataire qui refuse cette clause vous renseigne sur la suite de la relation.

Vous n’êtes pas démuni pour autant. Un document vous revient de droit : la fiche d’intervention sur les fluides frigorigènes. Pour tout équipement dont la charge dépasse 5 tonnes équivalent CO2, elle est signée conjointement par l’opérateur et par le détenteur de l’équipement, qui en conserve l’original, et les deux parties la gardent au moins cinq ans (article R.543-82 du code de l’environnement). Vérifiez la charge de votre installation sur sa plaque : au-dessus de ce seuil, réclamer cette fiche n’est pas une faveur.

Profitez-en pour vérifier que l’entretien annuel obligatoire est bien réalisé et tracé : les obligations et les seuils sont détaillés dans notre article sur l’entretien CVC obligatoire avant l’hiver. Et si la question de la climatisation vous intéresse au-delà de la mi-saison, les leviers d’été sont réunis dans notre article sur la climatisation tertiaire et la facture d’été.

Si vous voulez savoir, avant d’appeler qui que ce soit, si votre local consomme anormalement pour sa taille et son activité, c’est l’objet du pré-diagnostic énergétique des locaux tertiaires.

Questions fréquentes

Pourquoi ma facture d’énergie augmente-t-elle en octobre ?

Parce que vos deux systèmes fonctionnent dans la même journée. Le matin est frais et le chauffage démarre, l’après-midi le soleil et l’occupation font monter la température et la climatisation prend le relais, souvent dans la même pièce. Ce n’est pas un pic de consommation comparable à janvier, mais c’est le moment de l’année où un mauvais réglage devient visible sur la facture.

À quelle température régler un local professionnel en automne ?

Le code de l’énergie plafonne le chauffage en moyenne à 19 °C sur l’ensemble des locaux d’un même bâtiment, hors périodes d’inoccupation (article R.241-26), et n’autorise la mise en fonctionnement d’un système de refroidissement que lorsque la température intérieure dépasse 26 °C (article R.241-30). Sept degrés séparent ces deux bornes : la réglementation ne vous interdit pas de chauffer moins, elle vous interdit de refroidir. Dans beaucoup de locaux, cette bande est écrasée à 2 °C.

Que fait le mode AUTO d’une climatisation réversible ?

Il choisit tout seul entre chauffer et refroidir autour d’une consigne unique. Ce n’est pas un mode intelligent : c’est un mode qui bascule. La plupart des constructeurs y ajoutent une bande morte de un à trois degrés, figée dans la machine et non réglable par vous, presque toujours trop étroite pour la mi-saison. Résultat : la machine chauffe puis refroidit le même air dans la même journée.

Puis-je exiger le code installateur de ma propre climatisation ?

Aucun texte ne vous donne un droit général au code installateur, même si vous êtes propriétaire de la machine. C’est un point contractuel, pas légal. Le levier utile est donc le contrat d’entretien : demandez par écrit le relevé des paramètres en place, et faites de la remise des codes ou d’un accès de niveau utilisateur une condition au moment du renouvellement.

Chauffage et climatisation peuvent-ils fonctionner le même jour ?

Oui, et c’est fréquent en mi-saison. Sur une installation multi-split, chaque unité intérieure suit sa propre pièce : celle du nord peut chauffer pendant que celle du sud refroidit. C’est physiquement normal. Ce qui ne l’est pas, c’est qu’une même unité chauffe le matin puis refroidisse l’après-midi la même pièce, ce qui signale un écart de consignes trop étroit.

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