72 dollars le baril de pétrole avant le 28 février. Plus de 103 dollars aujourd’hui, avec des pointes à 120. Le gaz européen a quasiment doublé en cinq semaines. Ce n’est pas une prévision : c’est la réalité du 7 avril 2026.
La cause tient en deux mots : détroit d’Ormuz.
Ce qui se passe (en version courte)
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes massives contre l’Iran. En représailles, Téhéran a fermé le détroit d’Ormuz, un passage de 50 km de large entre l’Iran et Oman par lequel transitent 20 % du pétrole mondial et 25 % du GNL.
Le trafic maritime est quasi nul depuis cinq semaines. Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz liquéfié, a suspendu sa production après des frappes iraniennes sur ses installations. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a coordonné la libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques, du jamais vu. Les marchés n’ont pas été calmés pour autant.
Ce 7 avril, 39e jour du conflit, le directeur de l’AIE prévient que le mois d’avril sera pire que mars.
Le schéma ci-dessous résume l’ampleur de la flambée des cours énergétiques depuis le début du conflit.
Ce que ça change concrètement pour vous
Les premiers effets arrivent sur les factures dès le mois de mai.
Si vous êtes en contrat gaz indexé sur le marché, la hausse sera directe. Selon CNEWS, les factures de gaz des ménages pourraient augmenter de 40 à 50 €/an si le conflit se résout vite, et de 160 à 170 €/an s’il s’enlîise. Pour un local professionnel ou un bâtiment tertiaire chauffé au gaz, la note sera bien plus salée : comptez 2 000 à 5 000 € de surcoût annuel.
Si vous êtes en contrat à prix fixe, vous êtes protégé jusqu’à l’échéance. Vérifiez la date : si elle tombe dans les six prochains mois, c’est maintenant qu’il faut anticiper.
L’électricité est partiellement épargnée en France grâce au nucléaire. Le prix spot reste à environ 93 €/MWh, loin de la folie de 2022. Mais le lien entre gaz et électricité existe toujours (le gaz fixe souvent le prix marginal de l’électricité en Europe), donc personne n’est totalement à l’abri.
Le carburant aussi : le baril de pétrole évolue entre 103 et 113 $ en avril, contre 72 $ avant le conflit. Les prix à la pompe en France ont déjà remonté.
En quoi cette crise diffère-t-elle de 2022 ?
En 2022, l’Europe coupait le gaz russe et se tournait vers le GNL américain et qatari. Le problème : la crise d’Ormuz frappe justement ces nouvelles sources.
Selon Moustique, l’Europe importe encore 57 % de ses besoins énergétiques. Et le GNL américain, censé remplacer le gaz russe, pourrait représenter 80 % des importations européennes d’ici 2030. On a troqué une dépendance pour une autre.
En clair : chaque kWh de gaz consommé est exposé aux aléas géopolitiques. Et ces aléas ne sont pas près de se calmer.
Que faire maintenant ?
Trois leviers à activer dans l’ordre, selon la fenêtre de temps disponible avant que la facture mai-juin ne tombe.
Levier 1 : Sécuriser le contrat avant la fin août
Ouvrir le dossier de fourniture, vérifier la nature du contrat (prix fixe, indexé marché, ARENH historique avant la bascule VNU) et la date d’échéance. Si l’échéance tombe dans les six prochains mois, demander un avenant ou comparer trois fournisseurs sur les prix à terme CAL27, encore inférieurs aux niveaux spot d’avril 2026 selon les courtiers spécialisés. Pour un local pro chauffé au gaz, le différentiel entre un fixe signé en avril 2026 et un indexé exposé tout l’été représente couramment 1 500 à 3 000 € sur l’année.
Levier 2 : Identifier les usages flexibles avant le pic d’été
Le kWh le moins cher est celui qu’on ne consomme pas. Trois actions sans investissement absorbent la moitié d’un choc spot sur un local tertiaire moyen : baisser de 1 °C la consigne de chauffage l’hiver et de 1 °C la consigne de climatisation l’été (effet -7 % par degré sur le poste concerné selon l’ADEME), couper en automatique les usages hors période d’occupation (éclairage, ECS bouclée, climatisation des zones non occupées), et calorifuger les tuyaux d’eau chaude visibles en chaufferie ou locaux techniques. Compter 1 à 3 jours de mise en oeuvre avec le mainteneur en place.
Levier 3 : Anticiper le pic Q4 par l’électrification ciblée
Pour un local fortement exposé au gaz (chaudière gaz collective, chauffage par radiateurs, ECS gaz), envisager dès maintenant un projet de pompe à chaleur air-eau ou un pré-équipement compteurs / régulation. Le ROI sur PAC reste de 5 à 10 ans en année normale mais chaque crise gaz comme celle d’Ormuz raccourcit ce délai mécaniquement. Les aides 2026 (CEE, MaPrimeRénov’ Pro, fonds régionaux) couvrent 30 à 50 % de l’investissement selon la taille du local. Engager l’étude de faisabilité au printemps permet de planifier la pose avant la prochaine saison de chauffe.
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Questions fréquentes
De combien le prix de l’énergie a augmenté depuis la crise d’Ormuz ?
Le baril de pétrole est passé de 72 à plus de 103 $. Le gaz européen (TTF) a bondi de 32 à plus de 60 €/MWh, soit une hausse de près de 90 % en cinq semaines.
Ma facture de gaz va-t-elle augmenter à cause de la guerre en Iran ?
Oui, si votre contrat est indexé sur le marché. La hausse se répercutera dès mai 2026 : de 40 à 170 €/an pour un ménage, et plusieurs milliers d’euros pour un local professionnel.
Y a-t-il un risque de pénurie de gaz en France ?
Le risque reste limité à court terme. La France importe son gaz principalement de Norvège (31 %) et des États-Unis (25 %). Mais la tension mondiale sur le GNL tire tous les prix à la hausse, même ceux des sources non concernées par Ormuz.
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Sources et chiffre clé
Chiffre clé : 22 % du gaz importé en Europe transite par le détroit d’Ormuz (sources : Commission européenne et AIE, données 2024-2025).
Sources institutionnelles utilisées dans cet article :
- Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) - déliberations sur l’évolution tarifaire post-ARENH et impact des chocs géopolitiques sur le marché spot.
- Agence Internationale de l’Énergie (AIE) - rapports sur la sécurité d’approvisionnement gaz et oil markets, mises à jour mensuelles.