Pas d’amende

Aucune sanction administrative ne punit le bail commercial signé sans diagnostic de performance énergétique. Aucun texte ne prévoit d’amende pour ce manquement précis, et si vous avez ouvert cette page pour trouver le montant, la réponse est qu’il n’existe pas. Mais votre locataire, lui, a un argument contre vous.

Le DPE absent du bail n’est pas une infraction que l’administration viendra vous reprocher : c’est une pièce manquante qu’il peut sortir le jour où vos intérêts divergent des siens. Le seul coût qui vous concerne est celui du diagnostic lui-même, à votre charge : son tarif n’est pas réglementé et varie du simple au double d’un diagnostiqueur à l’autre, c’est une affaire de trois devis, pas de barème.

Le risque réel commence là. Un bail commercial ne se joue pas à la signature, il se joue aux échéances : renouvellement, révision du loyer, demande de travaux, départ anticipé. À chacune, le locataire qui n’a jamais reçu son diagnostic arrive avec un manquement écrit du bailleur dans son dossier. Voici ce que cela produit, puis comment vérifier en deux minutes si votre document tient.

Ce que votre locataire peut faire de ce DPE manquant

Le scénario type tient en trois lignes.

  1. Votre locataire a besoin de quelque chose. Le renouvellement approche, il veut un loyer révisé à la baisse, ou il conteste l’augmentation que vous proposez.
  2. Son conseil relit le bail. Le DPE n’y est pas annexé, alors que l’article L.126-29 du Code de la construction et de l’habitation l’exige pour la location de tout ou partie d’un bâtiment, hors bail rural et location saisonnière. La phrase entre dans l’échange écrit.
  3. Vous ne négociez plus à égalité. Vous régularisez sous pression, ou vous laissez exister une créance possible qu’il pourra porter devant le juge. La discussion sur le loyer se déplace, et pas dans votre sens.

Ce n’est pas spectaculaire, et c’est ce qui le rend fréquent : personne ne vous écrira jamais pour un DPE manquant, on s’en servira quand autre chose sera en jeu.

Un mot à clarifier : « opposable ». Le terme revient partout sans que personne dise ce qu’il change pour un bailleur. Il signifie que le contenu du document vous engage. Le DPE est pleinement opposable depuis le 1er juillet 2021 : s’il annonce une performance que le local ne tient pas, votre locataire peut vous le reprocher et rechercher votre responsabilité contractuelle ; seules les recommandations de travaux qui l’accompagnent gardent une valeur purement informative (article L.126-29 du CCH). Traduction : un DPE trop flatteur est plus dangereux qu’un DPE médiocre.

Sanction administrative : ce qui existe vraiment, ce qui n’existe pas

Beaucoup de pages, dont celle-ci dans sa version précédente, annoncent une amende de 1 500 €, 3 000 € en récidive, 15 000 € pour une personne morale, au titre de l’article L.271-1 du CCH. C’est faux deux fois : cet article organise le délai de rétractation de dix jours de l’acquéreur non professionnel d’un bien à usage d’habitation, il ne fonde aucune amende. Et aucun texte n’en attache au défaut d’annexion du DPE à un bail commercial.

L’amende qui existe réellement ne sanctionne pas le bail : elle sanctionne l’annonce. L’article L.126-33 du CCH impose de mentionner le classement énergétique dans toute annonce de vente ou de location, y compris en ligne, et vise tous les biens immobiliers, pas seulement les logements. Le manquement d’un professionnel à cette obligation expose à une amende administrative prononcée par l’autorité administrative compétente, au terme d’une procédure contradictoire, d’au plus 3 000 € s’il s’agit d’une personne physique et 15 000 € s’il s’agit d’une personne morale. Un annonceur non professionnel n’y échappe pas pour autant : le même article prévoit contre lui une amende d’au plus 3 000 €, mais seulement après une mise en demeure de régulariser restée sans effet. Dans les deux cas, c’est l’annonce qui est sanctionnée, pas le bail : signer le bail sans annexer le diagnostic ne l’est toujours pas.

Côté pénal, aucune infraction ne sanctionne le bailleur qui n’annexe pas le DPE au bail. Les contraventions que porte le régime du DPE existent, mais elles visent le diagnostiqueur, pas vous. Une falsification délibérée change de terrain : produire un faux diagnostic ou une attestation de diagnostiqueur fictive peut relever du faux et usage de faux (article 441-1 du code pénal, trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende) ou de l’escroquerie (article 313-1, cinq ans et 375 000 €). Ces qualifications restent rares dans les litiges DPE et supposent une intention démontrée. Un bailleur de bonne foi dont le diagnostic est expiré n’est pas dans ce champ.

Reste le civil, le seul terrain qui compte, et le seul sur lequel personne ne peut honnêtement vous annoncer un montant. Le locataire doit saisir le juge et établir son préjudice. Les fourchettes de dommages et intérêts qui circulent ne reposent sur aucune statistique publique consultable : nous ne les reprenons pas. L’issue dépend du dossier, et un tel contentieux se prépare avec un avocat.

Votre DPE est-il encore bon ? La check-list

Cinq questions, deux minutes, votre bail sous les yeux.

Ce que vous vérifiezLa réponse qui vaut « c'est bon »
Le diagnostic est-il annexé au bail signé, ou a-t-il été remis avant la signature ?Oui, et vous en avez la trace : bail paraphé, courrier, e-mail daté.
Quelle est sa date d'émission ?Moins de dix ans, sauf les cas d'expiration anticipée de la ligne suivante.
A-t-il été établi avant le 1er juillet 2021 ?Alors il est périmé : au 31 décembre 2022 pour les millésimes 2013 à 2017, au 31 décembre 2024 pour ceux du 1er janvier 2018 au 30 juin 2021.
Le local est-il dispensé de DPE ?Si c'est le cas, l'obligation ne joue pas : bâtiment indépendant de moins de 50 m², construction provisoire de deux ans ou moins, local agricole, artisanal ou industriel à faible besoin de chauffage ou de refroidissement, lieu de culte, monument historique classé ou inscrit, bâtiment non chauffé ou chauffé par une seule cheminée à foyer ouvert et sans refroidissement.
Des travaux ont-ils touché le chauffage, la ventilation ou l'isolation depuis ?Si oui, le document ne décrit plus le local que vous louez : faites-le refaire.

Sources : articles L.126-29 et R.126-15 du Code de la construction et de l'habitation, décret n° 2020-1610 du 17 décembre 2020 sur la durée de validité. Sept cas de dispense au total, dont six peuvent concerner un local professionnel : le septième vise l'habitation saisonnière.

Si une seule ligne cloche, vous êtes dans la situation du bailleur sans DPE. Un document expiré, ou qui décrit un local que vos travaux ont changé, ne vous protège pas : il donne au locataire un second grief, celui de l’information erronée. Le détail des obligations, de la reconduction tacite au renouvellement, est dans notre dossier sur les obligations DPE en bail commercial.

Relocation et valeur du local : là où l’absence se paie

Le contentieux est l’hypothèse la plus visible, pas la plus probable. Ce qui arrive le plus souvent à un bailleur sans DPE, c’est un local plus lent à relouer.

Dès la mise en marché, l’étiquette doit figurer dans l’annonce. Sans diagnostic, soit vous publiez une annonce en infraction, soit vous publiez sans étiquette et vous perdez les candidats sérieux, qui la demandent avant la visite : une enseigne ou un professionnel de santé qui signe pour neuf ans fait toujours relire le bail par un conseil.

Vient ensuite la valeur de l’actif. Une mauvaise étiquette, ou l’absence d’information, pèse à la revente comme à la relocation : c’est le sujet de notre analyse sur l’impact du DPE sur la valeur d’un local commercial. Le diagnostic se paie une fois et sert dix ans. Comparé à un seul mois de vacance, l’arbitrage n’est pas difficile.

Locataire : ce que vous pouvez demander, et comment

Cette section vous est adressée, exploitant locataire.

Votre bailleur doit vous remettre ce diagnostic avec le bail. C’est son obligation, pas une faveur (article L.126-29 du CCH). Demandez-le par écrit, un e-mail daté suffit, et gardez la réponse. Une phrase : « Pouvez-vous me transmettre le diagnostic de performance énergétique du local, qui doit être joint au bail ? »

En principe, ça vous coûte 0 €. L’obligation pèse sur le bailleur : c’est lui qui commande le diagnostic et qui le règle. Si une ligne apparaît sur votre appel de charges, vérifiez l’inventaire annexé au bail : aucune catégorie de charges, impôts ou taxes ne peut vous être réclamée si elle ne figure pas dans cet inventaire précis et limitatif (article L.145-40-2 du code de commerce). Ce que vous pouvez ou non vous voir refacturer par ailleurs est détaillé dans notre article sur les charges d’énergie récupérables en bail commercial.

S’il manque ou s’il est faux, vous tenez un argument. Pour obtenir quoi : le document lui-même d’abord ; une discussion sur le loyer au renouvellement ou à la révision ensuite ; et, si vous pouvez chiffrer un préjudice que le diagnostic ne laissait pas prévoir, la voie civile avec un avocat. Aucune des trois n’est automatique, et la dernière ne se gagne pas par courrier.

Ce que le DPE vous apprend, et ce qu’il ne vous apprend pas. Il classe le bâtiment pour un usage standardisé : c’est une comparaison entre bâtiments, pas une prévision de votre facture. Une mauvaise étiquette ne signifie donc pas que vous payez plus que la normale de votre métier, car le diagnostic ne connaît ni vos horaires, ni votre cuisine, ni votre chambre froide. La question utile n’est pas l’étiquette, c’est l’écart entre votre consommation et celle des locaux qui exercent la même activité.

Régulariser : la marche à suivre

Commandez le diagnostic auprès d’un professionnel certifié : le DPE doit être établi par une personne répondant aux conditions de l’article L.271-6 du CCH. Pour un local tertiaire, ce professionnel doit être certifié « avec mention ». Le tarif n’est pas réglementé, ce qui justifie de demander trois devis ; les ordres de grandeur par typologie sont dans notre article sur le prix d’un DPE de local commercial.

Annexez-le par avenant signé des deux parties. Si le locataire ne signe pas, transmettez-le en recommandé avec accusé de réception et gardez la preuve d’envoi.

La régularisation n’efface pas la période où le document manquait. Elle ferme le manquement et retire l’argument du dossier : c’est l’objectif.

Au-delà du DPE : ce que vos factures disent de votre local

Le DPE est une obligation de transaction. Il ne dit pas si votre local consomme normalement pour son activité et sa surface, alors que c’est la seule question qui change quelque chose à vos charges ou à celles de votre locataire.

C’est ce qu’estime le pré-diagnostic énergétique tertiaire gratuit de Diag-Tertiaire, en ligne et sans rendez-vous : comparaison aux médianes de votre secteur, décomposition de votre consommation par poste, sur la base des ratios de votre secteur, et le poste qui pèse le plus lourd, actions classées par priorité. Le moteur est calibré sur plus de 19 000 DPE tertiaires publiés par l’ADEME ; les résultats sont des estimations indicatives, données en fourchette et à confirmer par un professionnel. La méthode est publiée.

Pour le contexte juridique complet, le dossier DPE local commercial couvre les cas de dispense et les évolutions de 2026.