-9 %

C’est la baisse de performance au bureau à 30 °C, comparée au maximum atteint vers 22 °C, selon une méta-analyse du Lawrence Berkeley National Laboratory (Seppänen, Fisk et Lei, 2006). Pour une équipe de 10 personnes, 20 après-midi à 30 °C coûtent de l’ordre de 9 journées de travail sur l’été.

Ce chiffre est une moyenne, sur des tâches de bureau simples, et ses auteurs le jugent incertain. Il donne un ordre de grandeur, pas une mesure de votre équipe. Cet article reprend les études, chiffre le coût, explique le lien avec votre DPE et présente quatre leviers passifs pour rafraîchir un bureau sans climatisation lourde.

Ce que mesurent les études sur la chaleur

En 2006, Olli Seppänen, William Fisk et Quanhong Lei rassemblent 24 études sur la température et le travail de bureau (rapport LBNL-60946). Elles mesurent des tâches simples : saisie de texte, calcul, durée des appels en centre d’appels. Les auteurs le disent : leur relation reste très incertaine.

La performance monte jusqu’à 21 ou 22 °C, puis baisse au-delà de 23 à 24 °C. À 30 °C, elle vaut 91,1 % du maximum, soit 8,9 % de moins. Une analyse antérieure des mêmes auteurs (2003) donnait environ 2 % de perte par degré entre 25 et 32 °C. Sur leur courbe, la perte avoisine 3 % à 26 °C, 6 % à 28 °C et 12 % à 32 °C.

Lan, Wargocki, Wyon et Lian ont observé en 2011 douze personnes dans un bureau, à 22 puis à 30 °C (Indoor Air). Quand elles avaient chaud, leurs tâches de bureau ont baissé, elles jugeaient l’air plus mauvais et se disaient moins prêtes à l’effort. L’étude est petite : elle montre le mécanisme, pas l’ampleur pour votre équipe.

Les études de terrain rassemblées par l’équipe du LBNL constatent une baisse régulière au-delà de 24 à 26 °C. Sur la courbe des auteurs, la performance reste à environ 98 % du maximum à 25 °C et 97 % à 26 °C.

Pourquoi votre bureau dépasse 30 °C l’après-midi sans canicule

Pas besoin d’un pic à 38 °C dehors pour que votre open-space monte à 30 ou 31 °C en milieu d’après-midi. Quatre facteurs cumulés suffisent.

Les apports solaires non maîtrisés. Une fenêtre de 2 m² exposée sud-ouest sans protection laisse passer 800 à 1 000 W de chaleur en plein été. Sur un plateau avec 10 m² de vitrages exposés, c’est l’équivalent de cinq radiateurs électriques qui chauffent en continu entre 14 h et 19 h.

La densité d’occupation. Chaque personne dégage environ 100 W de chaleur au repos, davantage en activité intellectuelle. Dix personnes dans un open-space, c’est 1 kW de chauffage humain en plus du soleil. Les équipements informatiques (PC fixes + écrans 24 pouces) ajoutent 80 à 120 W par poste, soit 800 à 1 200 W supplémentaires. Total : un plateau de bureau densément occupé reçoit l’équivalent de 3 à 4 kW de gains internes en plus du soleil.

Le manque de ventilation nocturne. Sans renouvellement d’air pendant la nuit, la chaleur accumulée dans les murs et le mobilier reste piégée. Le bureau commence le mardi à 27 °C parce qu’il a fini le lundi à 30 °C. L’effet cumule sur une vague de 4-5 jours.

La qualité d’enveloppe défaillante. Un bâtiment des années 1970-1990 sans isolation extérieure transfère la chaleur de façade vers l’intérieur en quelques heures. Un bâtiment RT 2012 ou RE 2020 (les normes thermiques modernes) tient beaucoup mieux. C’est la même mécanique que pour le chauffage en hiver. Ces causes ne sont pas propres aux bureaux : nous les passons en revue, secteur par secteur, dans notre article pilier sur le local professionnel qui surchauffe l’été.

Le coût en euros pour une PME de 10 personnes

Le calcul tient en une ligne, avec une hypothèse à remplacer par la vôtre : le nombre d’après-midi chauds. Hypothèse : 20 après-midi à 30 °C sur l’été, soit l’équivalent de 10 journées de travail.

10 journées x 8,9 % = 0,9 journée perdue par personne, soit environ 9 journées pour 10 personnes. Multipliez par le coût d’une journée de votre équipe, salaire et charges compris.

Ces 9 journées se comptent par rapport au maximum, atteint vers 22 °C, et supposent 30 °C tenus tout l’après-midi. Elles ne sont pas toutes récupérables : à 25 °C, la courbe laisse encore environ 2 % de perte, si bien que ramener le bureau de 30 à 25 °C fait gagner de l’ordre de 7 points de performance, pas 9.

C’est une estimation indicative Diag-Tertiaire. Elle repose sur la courbe du LBNL, établie à ventilation constante sur des tâches simples. Les auteurs notent qu’une chaleur combinée à une mauvaise ventilation baisserait sans doute davantage la performance.

Pourquoi votre DPE prédit votre confort thermique d’été

Le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique, le document opposable annexé aux compromis de vente et aux baux commerciaux) chiffre la performance énergétique d’un bâtiment selon une méthode standardisée. Il classe de A (très performant) à G (le moins performant). Le DPE est conçu pour évaluer le chauffage d’hiver, mais ses paramètres prédisent mécaniquement le comportement été.

Pourquoi cette corrélation ? Trois leviers structurels valent pour les deux saisons :

  • L’étanchéité à l’air : un bâtiment étanche n’échange pas l’air parasitement, donc la chaleur n’entre ni ne sort par les défauts.
  • L’isolation des parois : isole du froid en hiver, isole du chaud en été.
  • La protection solaire (volets, casquettes, brises-soleil) : intégrée dans le DPE car elle réduit les besoins de refroidissement.

Un bâtiment DPE C ou mieux tient l’été. Un DPE F ou G surchauffe presque systématiquement entre 14 h et 18 h les jours où la température dehors dépasse 28 °C. C’est pour cela qu’une rénovation DPE F → C coûte typiquement 250 à 400 €/m² (analyse complète dans notre dossier décote DPE) : elle traite simultanément le chauffage et le confort d’été.

Pour un plateau de 500 m² en DPE F qui passerait en C, c’est 125 000 à 200 000 € d’investissement. Ce chantier se décide sur la facture et la valeur du bien ; le confort d’été vient en plus.

4 leviers passifs pour rafraîchir votre bureau

Avant les gros travaux, quatre leviers passifs cumulables limitent la chaleur de l’après-midi. Leur gain dépend de l’exposition, des vitrages et de l’inertie du bâtiment : il se mesure sur place, avant et après (voir plus bas).

Stores extérieurs sur vitrages sud-ouest. Le levier le plus puissant. Un store extérieur arrête la chaleur avant qu’elle n’entre dans le local, contrairement aux rideaux intérieurs qui ne font que la piéger une fois entrée.

Films solaires intérieurs. L’alternative quand l’extérieur n’est pas posable (bâtiment classé, immeuble en copropriété restrictive, locataire qui ne veut pas investir gros). Moins efficace que le store extérieur, mais plus simple à poser.

Ventilation nocturne (free cooling). Programmer la VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée, le système qui renouvelle l’air des locaux par extraction et insufflation mécaniques) pour fonctionner aux heures les plus fraîches de la nuit, quand l’air extérieur est plus frais que l’intérieur. La chaleur stockée la veille s’évacue et le bureau commence la journée plus frais.

Sur-ventilation diurne par brassage. Des ventilateurs de plafond ou sur pied augmentent la vitesse d’air sur les occupants. À température égale, un air en mouvement donne une sensation de fraîcheur. Ce n’est pas une baisse réelle de la température, mais une amélioration du ressenti.

Faites chiffrer ces leviers pour vos vitrages et comparez les devis au coût des journées perdues calculé plus haut, avec votre propre coût de journée.

Mesurer avant d’investir

Avant d’engager des stores extérieurs, vérifier l’ampleur du problème. Un thermomètre-hygromètre posé dans la zone la plus exposée pendant 5 jours ouvrés suffit pour caractériser. Relever la température en milieu d’après-midi (15-17 h) et le taux d’humidité. À 28 °C, la courbe du LBNL situe la perte autour de 6 % ; au-delà, elle s’accentue.

Le pré-diagnostic Diag-Tertiaire compare votre local à son secteur et chiffre chaque action, aides déduites. C’est une première lecture indicative, ni DPE ni audit. Pour aller plus loin sur la qualité d’air et la productivité, voir aussi notre article sur la productivité bureau et qualité d’air CO2 (Harvard 2016) et notre dossier climatisation tertiaire facture été 2026 si vous envisagez d’installer une clim active.