près de 400 kWh/m²/an
C’est l’intensité énergétique d’une blanchisserie-pressing, d’après des données ADEME (34 400 kWh/an en moyenne pour 87 m²). Près de trois fois la consommation d’un commerce sec équivalent. La facture d’énergie d’un pressing est l’une des plus lourdes du commerce de proximité, parce que le métier repose sur trois usages très gourmands : produire de la vapeur, sécher le linge et le repasser.
Cet article décompose cette consommation, explique pourquoi la hausse du gaz de 2026 frappe le secteur de plein fouet, et détaille les leviers concrets pour alléger la facture.
Pourquoi le pressing consomme autant
Un pressing ou une blanchisserie transforme de l’énergie en chaleur et en vapeur, en continu, pendant toutes les heures d’ouverture. C’est cette chaleur qui explique la facture.
Trois procédés concentrent l’essentiel de la dépense. La production de vapeur, d’abord, qui alimente les tables et les mannequins de repassage : chauffer de l’eau jusqu’à l’ébullition et la maintenir sous pression demande beaucoup d’énergie. Le séchage, ensuite, qui consiste littéralement à évaporer l’eau contenue dans le linge : sécher 50 kg de linge encore humide après essorage peut réclamer plus de 13 kWh (données ADEME sur les blanchisseries). Le lavage et le nettoyage, enfin, avec l’eau chaude et les machines.
Le résultat est sans appel : selon le CTTN-IREN (le centre technique de la teinture et du nettoyage), les machines de nettoyage et de repassage représentent à elles seules environ 83 % de la consommation d’un pressing. Autrement dit, l’éclairage et le confort thermique du magasin sont presque négligeables face au process. C’est une différence de nature avec les autres commerces, où l’éclairage ou la climatisation dominent souvent, comme dans notre analyse de la facture d’énergie d’un salon de coiffure.
En pratique, un pressing de quartier paie souvent 4 000 à 10 000 € d’énergie par an selon son activité et son équipement. Pour une TPE dont les marges sont serrées, cette charge arrive juste derrière les salaires et le loyer. Chaque point de pourcentage gagné sur la consommation se lit directement sur le résultat de fin d’année, ce qui rend le sujet bien plus stratégique ici que dans un commerce classique.
Où part la facture, poste par poste
Le schéma ci-dessous montre la répartition indicative de la consommation d’un pressing de proximité.
Sur une facture d’énergie de 6 000 € par an, le séchage pèse ainsi autour de 1 800 €, la vapeur et le repassage 1 680 €, le lavage 1 320 €. Agir sur la chaleur, c’est agir sur 80 % de la dépense. Tout le reste est secondaire.
La hausse du gaz de 2026 frappe d’abord la vapeur
Beaucoup de pressings produisent leur vapeur avec une chaudière au gaz. C’est justement le poste le plus exposé à l’actualité tarifaire. Le prix repère du gaz publié par la CRE a augmenté de 7,4 % au 1er juillet 2026 (CRE, 2026), et cette hausse porte directement sur le combustible qui alimente la production de vapeur.
Concrètement, un pressing dont la facture de gaz atteint 5 000 € par an subit un surcoût d’environ 370 € sur douze mois, à activité identique. Ce n’est pas un effort, c’est une hausse subie. Elle s’ajoute à la progression de l’électricité attendue au 1er août, que nous détaillons dans notre point sur la hausse de l’énergie de l’été 2026. Pour un métier où l’énergie est déjà l’une des premières charges, ces hausses rendent la maîtrise de la consommation encore plus rentable qu’ailleurs.
Les leviers qui rapportent vraiment
Parlons clair. Sur un métier aussi énergivore, les gestes de surface ne suffisent pas : il faut traiter la chaleur là où elle se perd.
Le premier levier, souvent négligé, est le calorifugeage des conduites de vapeur (l’isolation des tuyaux et des vannes qui transportent la vapeur). Une conduite nue perd de la chaleur en continu ; l’isoler coûte peu et récupère 5 à 10 % de la consommation de vapeur, soit plusieurs centaines d’euros par an sur une installation active toute la journée.
Le deuxième est la récupération de chaleur. Les séchoirs rejettent de l’air chaud, et l’eau de lavage part chaude à l’égout. Récupérer cette chaleur pour préchauffer l’air ou l’eau entrante réduit sensiblement la facture, pour un investissement amorti généralement en 2 à 4 ans. Sur un pressing de taille moyenne, l’économie peut atteindre 800 à 1 500 € par an.
Le troisième tient à l’entretien et au réglage. Un bon essorage avant séchage retire l’eau mécaniquement, ce qui est bien moins coûteux que de l’évaporer par la chaleur : améliorer l’essorage allège directement le poste séchage. Nettoyer les filtres des séchoirs, purger la chaudière, vérifier les fuites de vapeur : ces gestes réguliers évitent une surconsommation de 10 à 20 %, soit facilement 600 à 1 200 € par an sur une installation encrassée.
Ces leviers se cumulent. Un pressing qui isole ses conduites (300 € de matériel), soigne son entretien et améliore son essorage récupère souvent 15 à 20 % de sa facture sans changer une seule machine. La logique est toujours la même : chaque euro d’énergie économisé sur la chaleur revient chaque année, alors qu’une fuite de vapeur ou un filtre encrassé coûte, lui aussi, tous les jours. C’est cette répétition qui fait la rentabilité, bien plus qu’un geste ponctuel spectaculaire.
Aquanettoyage et machines récentes
Le renouvellement des machines change la donne, mais coûte cher. Une machine de nettoyage récente, mieux isolée et dotée d’une meilleure gestion de l’eau et de la chaleur, consomme moins qu’un modèle ancien. L’investissement se justifie surtout au moment d’un remplacement, pas en anticipation.
L’aquanettoyage (le nettoyage professionnel à l’eau, alternative au nettoyage à sec au solvant) modifie le profil de consommation : moins de solvant, mais un poids accru du séchage et du repassage, donc de la chaleur. Le bilan énergétique dépend fortement de l’équipement et des réglages. Là encore, ce n’est pas le procédé en lui-même qui fait l’économie, mais la qualité de l’installation et son entretien. Un pressing de 90 m² qui paie 6 500 € d’énergie par an peut, en combinant calorifugeage, récupération de chaleur et entretien, ramener sa facture autour de 5 000 €, soit environ 1 500 € d’économie annuelle. Ce sont des estimations indicatives, à confirmer au cas par cas sur votre installation réelle.
Par où commencer
Le point de départ ne coûte rien : relevez votre facture annuelle d’électricité et de gaz, et rapportez-la à votre surface. Au-delà de 350 à 400 kWh/m²/an, vous êtes dans la zone très intensive du secteur, et le gisement d’économies sur la chaleur est presque certain. En dessous, votre installation est déjà bien tenue, et l’effort se portera plutôt sur le contrat et l’électricité.
Ensuite, faites regarder en priorité la production de vapeur et le séchage : ce sont eux qui portent la facture. Une règle simple pour prioriser : commencez par ce qui ne demande aucun investissement (essorage, entretien, calorifugeage léger), qui rend souvent 500 à 1 500 € par an, avant d’envisager la récupération de chaleur ou le renouvellement d’une machine. L’ordre compte : on capte d’abord les économies gratuites, on finance ensuite les travaux avec ce qu’elles rapportent.
Un pressing de moins de 1 000 m² n’est soumis à aucune obligation réglementaire de réduction (le décret tertiaire ne concerne que les surfaces supérieures) : vous agissez uniquement par intérêt économique, à votre rythme. Pour situer votre installation et cibler les postes à traiter, le pré-diagnostic énergétique gratuit compare votre consommation aux références de votre secteur en quelques minutes.
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Questions fréquentes
Combien consomme un pressing en énergie ?
Une blanchisserie-pressing consomme en moyenne 34 400 kWh par an pour 87 m², selon des données ADEME, soit près de 400 kWh/m²/an. C’est près de trois fois la consommation d’un commerce sec de même surface (environ 300 kWh/m²/an). La production de vapeur, le séchage et le repassage expliquent cette intensité.
Quel est le poste le plus énergivore dans un pressing ?
Les machines de nettoyage et de repassage représentent à elles seules environ 83 % de la consommation d’un pressing (CTTN-IREN). Le séchage et la production de vapeur sont les plus lourds, car évaporer l’eau du linge et produire de la vapeur demande beaucoup d’énergie. L’éclairage et la ventilation pèsent nettement moins.
La hausse du gaz de 2026 touche-t-elle les pressings ?
Oui, particulièrement ceux dont la chaudière vapeur fonctionne au gaz. Le prix repère du gaz a augmenté de 7,4 % au 1er juillet 2026 (CRE). Sur un pressing dont la facture de gaz atteint plusieurs milliers d’euros par an, cette hausse représente plusieurs centaines d’euros de surcoût, à production identique.
Comment réduire la facture d’énergie d’un pressing ?
Les leviers les plus rentables sont le calorifugeage des conduites de vapeur (isoler les tuyaux qui perdent de la chaleur), la récupération de chaleur sur les séchoirs et l’eau de rejet, l’entretien des machines et un bon essorage avant séchage. Ensemble, ils réduisent souvent la facture de 15 à 30 % selon l’état de l’installation.