550 €
C’est ce que coûte, sur un an, chaque kilowatt appelé pendant vos heures d’ouverture. Le calcul tient sur une ligne : un magasin ouvert du mardi au samedi, environ neuf heures et demie par jour, totalise de l’ordre de 2 300 à 2 500 heures d’ouverture par an selon ses fériés et ses congés. Retenons 2 500 h, la borne haute. 1 kW × 2 500 h × 0,22 €/kWh hors TVA, prix de la bande de consommation 0,02 à 0,5 GWh par an, celle de la quasi-totalité des locaux de moins de 1 000 m² (SDES, prix du gaz et de l’électricité au 1er semestre 2025). Substituez votre propre prix du kWh, il est en bas de votre facture.
Retenez cette unité de compte, parce qu’elle transforme n’importe quel équipement en euros. Elle a aussi une jumelle, beaucoup plus intéressante : le même kilowatt laissé branché quand le magasin est fermé coûte 1 380 € par an, parce que vous êtes fermé 6 260 heures et ouvert 2 500.
C’est de ce rapport que part cet article. Pas d’une moyenne sectorielle, pour une raison qu’il faut dire tout de suite.
Les deux chiffres à sortir de votre facture
Il n’existe pas de médiane publique de consommation propre aux magasins d’optique. Le repère public le plus proche est la valeur absolue que le décret tertiaire fixe pour la sous-catégorie des commerces et services de détail, laquelle sépare bien l’alimentaire du non-alimentaire (arrêté du 28 novembre 2023). Deux réserves, et elles comptent : c’est un objectif réglementaire à 2030, pas une consommation constatée, et il ne vise que les bâtiments de plus de 1 000 m². Ce n’est donc ni une médiane, ni votre obligation.
Deux chiffres tirés de votre propre facture valent mieux qu’une moyenne empruntée.
Le premier : votre dépense annuelle par mètre carré. Prenez le total payé sur douze mois hors TVA, abonnement compris, et divisez par votre surface réelle, vente plus atelier plus réserve. Hors TVA, parce que c’est la base qui reste comparable d’une année sur l’autre si l’accise ou la TVA bougent, et c’est aussi votre coût réel puisque vous récupérez la TVA. Ce chiffre ne vous classe pas dans un secteur, il vous classe par rapport à vous-même : c’est le repère à reprendre chaque année.
Le second : votre talon de nuit. C’est la puissance qui continue à tourner quand personne n’est là, et c’est le seul chiffre qui répond vraiment à la question « est-ce que je paie trop ». Un magasin d’optique n’a aucun équipement de process qui doive fonctionner en continu. Il n’a pas de froid alimentaire, pas de four, pas de compresseur qui tourne la nuit. Tout ce qui consomme entre la fermeture du soir et l’ouverture du lendemain est, en principe, à justifier.
Pour situer votre magasin par rapport aux ordres de grandeur du tertiaire, les repères par secteur sont réunis dans le baromètre de consommation d’énergie du tertiaire. Mais commencez par vos propres relevés : ils sont plus justes que n’importe quelle moyenne.
Trois vérifications à faire après la fermeture
Ces trois gestes se font le soir, en dix minutes, et aucun ne demande d’outil.
Relevez le compteur à la fermeture, puis à l’ouverture le lendemain. Notez l’index affiché, en kWh, à chaque fois. Divisez la différence par le nombre d’heures écoulées : vous obtenez la puissance moyenne qui a tourné toute la nuit. Un magasin d’optique correctement éteint doit se situer sous 200 à 300 watts, l’alarme, la box internet et quelques veilles. À 500 watts, vous payez 690 € par an pour quelque chose que vous n’avez pas identifié. À 1 kW, 1 380 €.
Faites le tour du magasin dix minutes après l’extinction générale. Dans le noir, tout ce qui reste allumé se voit : un bandeau LED de gondole sur un circuit séparé, une enseigne restée sur son ancienne horloge, l’écran du poste de vente, le four UV ou le bac à ultrasons de l’atelier laissés sous tension, le chargeur du traceur, la vitrine d’appel qui n’est pas sur le même contacteur que le reste. Ce tour attrape en général une ligne que personne ne soupçonnait.
Vérifiez l’heure d’extinction de la vitrine et de l’enseigne. Ce n’est pas seulement une question de facture. L’éclairage de vitrine doit être éteint à 1 h du matin au plus tard, ou une heure après la cessation de l’activité si celle-ci est plus tardive, et ne peut être rallumé qu’à partir de 7 h, ou une heure avant le début de l’activité si celle-ci s’exerce plus tôt (arrêté du 27 décembre 2018, article 2). L’enseigne, elle, s’éteint entre 1 h et 6 h dès que l’activité a cessé. La contravention qui sanctionne son maintien après mise en demeure est entrée en 2023 dans la procédure de l’amende forfaitaire : elle peut donc être dressée sans passer devant un juge. Le détail des règles et des montants est dans notre article sur l’extinction des enseignes lumineuses la nuit.
« J’ai déjà du LED partout » : ce qui reste, et ce qui n’en vaut plus la peine
Disons-le franchement, parce que c’est le cas de la majorité de la profession : si votre surface de vente est déjà équipée en LED, sur l’éclairage de vente vous avez fait le travail, et il n’y a plus grand-chose à gratter. Un second tour de LED, avec des luminaires un peu plus efficaces que les précédents, ne se rattrape pas. Les commerciaux qui vous proposent une nouvelle campagne d’éclairage en promettant 30 % d’économies parlent de la bascule depuis le fluorescent, pas depuis la LED.
L’ordre de grandeur de cette bascule, pour situer : un tube fluorescent T8 de 36 W consomme environ 46 W au compteur lorsqu’il est équipé d’un ballast ferromagnétique, contre 18 à 22 W pour un tube LED de remplacement (ADEME). Le gain de cette bascule se situe entre 40 et 60 % selon le ballast d’origine et le flux réellement restitué. Et à zéro la fois suivante. Les chiffrages par typologie de commerce sont détaillés dans notre article sur le retour sur investissement de l’éclairage LED en commerce.
Ce qui reste réellement à gagner chez un opticien tient en trois endroits, et aucun n’est la surface de vente.
- La réserve, l’atelier et les sanitaires. Ils sont souvent allumés du matin au soir alors qu’ils servent quelques minutes par heure. Un détecteur de présence par zone coûte quelques dizaines d’euros et supprime la quasi-totalité de ces heures.
- L’éclairage d’accentuation des présentoirs, quand il est sur le même circuit que l’éclairage général et ne peut pas être coupé séparément le soir. Un contacteur et une horloge suffisent.
- La vitrine et l’enseigne, traitées ci-dessus, qui cumulent une économie et une conformité.
La puissance souscrite : le sur-abonnement que personne ne revoit
Voici le poste le plus souvent oublié, et il ne se voit pas dans les kWh : la puissance souscrite se paie dans l’abonnement, tous les mois, avant le premier kilowattheure consommé.
Le scénario habituel est l’inverse de celui qu’on imagine. La puissance a été fixée à l’ouverture du magasin, souvent par l’installateur, avec une marge confortable et parfois pour un local qui hébergeait autre chose avant vous. Depuis, l’éclairage est passé en LED et personne n’est revenu sur le contrat. Vous payez une capacité que vous n’utilisez plus.
La vérification prend cinq minutes : votre puissance maximale atteinte sur les douze derniers mois est disponible dans votre espace client fournisseur. Comparez-la à la puissance souscrite indiquée sur la facture. Si l’écart est large, descendre d’un cran est une économie récurrente et sans travaux.
Deux garde-fous. Descendez d’un cran à la fois, et jamais sous le pic du démarrage simultané du matin, quand la climatisation redémarre, l’éclairage complet s’allume et l’atelier se met en route en même temps. Et sachez que sur un contrat inférieur ou égal à 36 kVA, celui de la quasi-totalité des magasins de cette taille, la puissance est contrôlée par un disjoncteur : un dépassement ne se facture pas en pénalité, il coupe le courant, devant un client. Les pénalités de dépassement ne commencent qu’au-delà de 36 kVA, là où le compteur enregistre sans jamais couper. La méthode complète, avec la lecture de la courbe de charge, est dans notre article sur la puissance souscrite d’un local professionnel.
La vitrine plein sud et la climatisation qu’elle impose
Terrain miné, et autant commencer par ce qui ne marche pas chez un opticien.
Le film solaire pose un vrai problème métier. Il modifie la lumière qui entre, donc la couleur perçue des montures et le rendu des verres teintés. Un client qui choisit une monture sous une lumière faussée et la découvre dehors revient. Ce levier, excellent dans un bureau, est à écarter ici, ou à réserver à une zone sans présentation.
Le store baissé a un coût commercial. Un magasin dont la vitrine est occultée un mardi après-midi ressemble à un magasin fermé. Si vous le baissez, faites-le sur une partie seulement, et pas sur la vitrine d’appel.
Ce qui reste, et qui fonctionne :
- Décaler la présentation hors de la bande de soleil direct aux heures les plus chaudes, ce qui protège aussi les montures de la décoloration.
- Régler la consigne de climatisation au lieu de la subir. Chaque degré de consigne en moins réduit la consommation de l’appareil, et un climatiseur qui lutte contre un apport solaire direct tourne à pleine puissance sans jamais atteindre sa cible.
- Traiter la porte. Maintenir les ouvrants ouverts pendant que la climatisation fonctionne est interdit. Après mise en demeure du maire restée sans effet, l’exploitant s’expose à une amende administrative pouvant aller jusqu’à 750 € (décret n° 2022-1295 du 5 octobre 2022). Le sujet, y compris la question de l’accueil, est traité dans notre article sur le commerce, la porte ouverte et la climatisation.
- Prévoir le vitrage à faible émissivité au moment du remplacement, pas avant. Un vitrage se change quand il se change ; anticiper de dix ans pour un motif énergétique ne se rentabilise pas.
Si après ces vérifications votre dépense au mètre carré reste élevée sans que vous sachiez pourquoi, c’est le moment de faire chiffrer les postes plutôt que de continuer à chercher à l’œil. Le pré-diagnostic gratuit donne cet ordre de priorité en trois minutes.
Questions fréquentes
Combien coûte l’énergie d’un magasin d’optique par an ?
Il n’existe pas de médiane publique propre à l’optique. Le repère public le plus proche est la valeur absolue fixée par le décret tertiaire pour les commerces et services de détail, mais c’est un objectif à 2030 réservé aux bâtiments de plus de 1 000 m², pas une consommation constatée. Le calcul utile se fait donc sur votre propre facture : divisez votre dépense annuelle d’énergie hors TVA par votre surface totale, vente plus atelier plus réserve. Ce chiffre en euros par mètre carré et par an se compare surtout à lui-même d’une année sur l’autre.
Comment savoir si ma facture d’électricité est anormale ?
En comparant ce que vous consommez fermé à ce que vous consommez ouvert. Relevez le compteur à la fermeture, puis le lendemain à l’ouverture, et divisez par le nombre d’heures écoulées : vous obtenez la puissance moyenne qui tourne la nuit. Un magasin d’optique n’a aucun équipement qui doit fonctionner en continu, hors alarme et box internet. Si votre talon de nuit dépasse 200 à 300 watts, quelque chose reste allumé.
Faut-il repasser en LED quand on a déjà du LED ?
Non, dans la grande majorité des cas. Si la surface de vente est déjà équipée en LED, le second tour ne rapporte plus grand-chose et l’investissement ne se rattrape pas. Ce qui reste à gagner est ailleurs : la réserve, l’atelier et les sanitaires, éclairés en continu alors qu’ils servent quelques minutes par heure, et l’éclairage de vitrine laissé allumé la nuit.
Comment baisser sa puissance souscrite sans risque ?
En regardant d’abord votre puissance maximale atteinte, disponible dans votre espace client fournisseur ou sur votre courbe de charge. Descendez d’un cran seulement, et jamais en dessous du pic constaté au démarrage simultané du matin, quand la climatisation, l’éclairage et l’atelier partent ensemble. Sur un contrat inférieur ou égal à 36 kVA, celui de la quasi-totalité des magasins de cette taille, la puissance est contrôlée par un disjoncteur : un dépassement ne se facture pas en pénalité, il coupe le courant. Les pénalités ne commencent qu’au-delà de 36 kVA.
Que faire d’une vitrine plein sud sans abîmer la présentation ?
Commencer par ce qui ne touche pas au rendu des montures. Un film solaire modifie la couleur perçue des verres et des montures, ce qui est disqualifiant pour un opticien, et un store baissé un mardi après-midi donne un magasin qui a l’air fermé. Les leviers sans effet visuel sont le réglage de la consigne de climatisation, le décalage de la présentation hors de la bande de soleil direct, et le double vitrage à faible émissivité au moment du remplacement.
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