125 €/an

C’est ce que coûte au minimum, sur la seule part réseau, une puissance souscrite trop élevée de 12 kVA : 12 kVA × 10,42 €/kVA/an, payés chaque année, que votre local tourne à plein régime ou reste fermé trois semaines en août (CRE, délibération n° 2026-105, grille TURPE 7 HTA-BT en vigueur au 1er août 2026). La puissance souscrite d’un local professionnel se règle en kVA, et vous la payez via l’abonnement, avant même le premier kilowattheure consommé.

Deux erreurs de réglage coûtent de l’argent. Trop haut, vous payez un abonnement pour rien. Trop bas, vous risquez la coupure ou des pénalités. Cet article montre comment lire votre courbe de charge, repérer la marge inutile, et ajuster votre puissance sans travaux.

La puissance souscrite : ce que vous payez avant le premier kWh

La puissance souscrite, exprimée en kVA (kilovoltampère, la puissance électrique maximale que votre compteur laisse passer à un instant donné), fixe le calibre de votre raccordement. Elle se choisit à la souscription, souvent par crans : 12, 18, 24, 30 ou 36 kVA en triphasé.

Ce calibre a un prix, et ce prix est fixe. Une partie de votre abonnement correspond au TURPE (Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), la redevance qui paie l’acheminement du courant par Enedis, gestionnaire du réseau de distribution, et par RTE, gestionnaire du réseau de transport. Son barème est fixé par la CRE, la Commission de régulation de l’énergie, le régulateur public des tarifs de l’énergie : il est donc identique chez tous les fournisseurs. Sa composante indexée sur la puissance souscrite vaut 10,42 €/kVA/an en option Base et 12,49 €/kVA/an en Heures Pleines / Heures Creuses, en basse tension jusqu’à 36 kVA (CRE, délibération n° 2026-105, grille TURPE 7 HTA-BT en vigueur au 1er août 2026). Le fournisseur ajoute par-dessus sa propre part fixe.

Concrètement, un local souscrit à 36 kVA paie 375 à 450 € par an au seul titre de sa puissance souscrite, avant toute consommation, selon son option tarifaire (Enedis, barème TURPE 7 HTA/BT en vigueur au 1er août 2026). Ce montant tombe chaque mois, plein été comme plein hiver, boutique ouverte ou rideau baissé.

Deux repères de vocabulaire pour la suite. Jusqu’à 36 kVA, vous êtes en basse tension standard, ce qu’Enedis appelle le segment C5. Au-dessus, vous passez en C4, avec une facturation plus fine des dépassements. Et à la souscription, vous choisissez une option tarifaire : Base (un prix unique du kWh) ou Heures Pleines / Heures Creuses (deux prix selon l’heure).

Surdimensionnée ou sous-dimensionnée : les deux erreurs qui coûtent

Régler sa puissance, c’est trouver le point juste entre deux travers opposés. Chacun a son coût.

Le surdimensionnement, le cas le plus fréquent

À l’installation, la puissance est souvent choisie large, par prudence, puis jamais revue. Les équipements changent, l’activité évolue, mais l’abonnement reste calé sur un besoin ancien ou théorique.

Prenons un local souscrit à 36 kVA dont la puissance réellement appelée ne dépasse jamais 20 kVA, même en pointe. La marge de 16 kVA est payée toute l’année sans servir. En redescendant à 24 kVA, vous gardez une sécurité au-dessus du pic et supprimez 12 kVA de calibre inutile. Résultat : 125 à 150 € par an sur la seule part réseau selon votre option tarifaire, davantage avec la part fournisseur, et sans travaux. Sur des écarts plus larges, l’économie d’abonnement se compte en plusieurs centaines d’euros par an. C’est un des leviers que nous détaillons dans notre guide pour renégocier son contrat d’électricité professionnel.

Le sous-dimensionnement : coupure ou pénalités

L’erreur inverse existe aussi, plus rare mais brutale. Quand la puissance appelée dépasse la souscrite, la sanction dépend de votre segment.

En dessous de 36 kVA (C5), il n’y a pas de pénalité financière : le compteur Linky coupe l’alimentation. La conséquence n’est pas sur la facture, elle est dans l’atelier. Un four de boulangerie qui s’éteint en pleine cuisson ou un serveur informatique qui redémarre coûte bien plus qu’une ligne de facturation. Au-dessus de 36 kVA (C4), le dépassement est mesuré et facturé par la composante mensuelle des dépassements de puissance souscrite (CMDPS) du TURPE, à raison de 12,41 € HT par heure de dépassement en basse tension (CRE, délibération n° 2026-105, grille TURPE 7 HTA-BT en vigueur au 1er août 2026). Répétés, ces dépassements gonflent la facture sans prévenir.

Le schéma ci-dessous montre l’écart typique entre ce qu’un local appelle vraiment et ce qu’il a souscrit.

Courbe de charge d'un local : puissance appelée contre puissance souscrite Sur une journée, la puissance appelée culmine à 20 kVA en milieu de journée, alors que la puissance souscrite est de 36 kVA. La marge de 16 kVA entre les deux est payée mais jamais appelée. Puissance appelée sur une journée contre puissance souscrite Exemple d'un local surdimensionné (souscrit 36 kVA, pic réel 20 kVA) Marge payée, jamais appelée : 16 kVA Puissance souscrite : 36 kVA Pic appelé : 20 kVA 0 h 6 h 12 h 18 h 24 h Lecture : la puissance appelée est relevée toutes les 30 minutes par le compteur Linky (courbe de charge Enedis).
Exemple illustratif d'un local surdimensionné. Principe de la courbe de charge : source Enedis (relevé Linky). Valeurs indicatives.

Lire votre courbe de charge pour trouver la bonne puissance

La courbe de charge, c’est le relevé de la puissance réellement appelée par vos équipements, mesurée toutes les 30 minutes par le compteur Linky. C’est le seul document qui dit, chiffres à l’appui, si votre puissance souscrite est bien calée.

Elle est accessible gratuitement sur votre espace client Enedis, gestionnaire du réseau, une fois la collecte de la courbe de charge activée. Enedis met à disposition l’historique de courbe de charge et la puissance maximale quotidienne de votre point de livraison (Enedis, données de comptage disponibles). Cherchez le pic de puissance appelée sur une période représentative, idéalement douze mois glissants, pour capter l’été (climatisation) comme l’hiver (chauffage).

La règle est simple. La bonne puissance souscrite, c’est ce pic maximal plus une petite marge de sécurité de quelques kVA. Si, sur une année, votre pic ne dépasse jamais 60 à 70 % de la puissance souscrite, vous êtes probablement surdimensionné. Le gain se calcule directement : retirer 10 à 25 kVA de calibre inutile, c’est 100 à 310 € par an sur la seule part réseau (10 à 25 kVA × 10,42 à 12,49 €/kVA/an), sans rien changer à votre activité.

La jauge ci-dessous résume ce diagnostic en une image.

Jauge de surdimensionnement de la puissance souscrite Sur 36 kVA souscrits, seuls 20 kVA sont appelés en pointe. Une cible d'environ 24 kVA suffirait, laissant 16 kVA payés en trop dans la configuration actuelle. Le surdimensionnement, en un coup d'oeil Puissance appelée en pointe contre puissance souscrite cible ≈ 24 kVA 36 kVA souscrits Pic appelé : 20 kVA 16 kVA payés en trop Valeurs indicatives. Le calibre juste se lit sur votre propre courbe de charge (Enedis).
Le bon calibre se situe juste au-dessus du pic réel, pas au-dessus du besoin théorique. Source du principe : Enedis (courbe de charge).

Ajuster sa puissance : la démarche concrète

La marche à suivre tient en quatre gestes. Relevez d’abord votre pic de puissance appelée sur douze mois via la courbe de charge. Comparez-le à votre puissance souscrite actuelle. Si l’écart est net, demandez la modification à votre fournisseur, qui la répercute à Enedis. Vérifiez au passage votre option tarifaire : si votre activité tourne surtout le matin et le soir, l’option Heures Pleines / Heures Creuses peut être plus intéressante que l’option Base.

Sur un compteur Linky en basse tension, la baisse se fait à distance, sans déplacement de technicien et sous 24 heures (Enedis, modifier la puissance de son compteur). Elle ne coûte que quelques euros : 3,60 € HT, soit 4,32 € TTC au catalogue de prestations Enedis, un tarif fixé par la CRE et donc identique chez tous les fournisseurs (CRE, délibération n° 2026-112 du 3 juin 2026, prestations des gestionnaires de réseaux de distribution en vigueur au 1er août 2026). Une hausse, elle, peut demander une intervention et un délai plus longs. D’où l’intérêt de viser juste dès le premier réglage : chaque kVA de calibre superflu se paie 10,42 à 12,49 € par an, sans limite de durée.

SymptômeCe que ça révèleAction
Pic annuel bien sous la souscrite (moins de 60 à 70 %)Puissance surdimensionnée, abonnement payé pour rienBaisser d'un ou deux crans, garder une marge au-dessus du pic
Disjoncteur qui saute aux heures de pointe (C5)Puissance trop juste pour vos pics simultanésLisser les démarrages ou monter d'un cran
Dépassements facturés (C4, plus de 36 kVA)Souscrite sous vos pics réelsÉcrêter les pics ou ajuster la puissance à la hausse
Abonnement stable même local ferméNormal : c'est la part fixe, indexée sur le calibreVérifier que le calibre colle au besoin réel

Grille de décision indicative. Le bon réglage se confirme sur votre courbe de charge. Source du principe : Enedis, CRE (grille TURPE 7 en vigueur au 1er août 2026).

Puissance et kWh : deux leviers à traiter ensemble

Votre facture d’électricité a deux moteurs distincts. La puissance souscrite pilote la part fixe, l’abonnement. La consommation, en kWh, pilote la part variable. Régler l’un ne dispense pas de travailler l’autre.

Ces deux leviers se parlent, d’ailleurs. Lisser vos pics, c’est-à-dire éviter de démarrer en même temps le four, la climatisation et le chauffe-eau, réduit la puissance appelée. Ce qui peut, à son tour, autoriser une baisse de la puissance souscrite. Un même geste allège alors la part fixe et une partie de la part variable.

Parlons clair. La bonne séquence commence par le réglage de la puissance, parce qu’il rapporte tout de suite, 100 à 310 € par an pour 10 à 25 kVA de calibre en trop et sans travaux, puis vise la réduction des kWh, et enfin la renégociation du contrat sur une base assainie. Renégocier un prix sur une consommation gonflée et un abonnement surcalibré, c’est optimiser un gaspillage. Pour comprendre ce qui est négociable et ce qui est subi sur votre facture, notre décomposition des taxes de la facture d’électricité d’une entreprise éclaire la structure des prélèvements, et notre analyse des postes de dépense d’une facture d’électricité situe où partent vraiment vos kWh.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la puissance souscrite d’un local professionnel ?

C’est la puissance maximale, exprimée en kVA (kilovoltampère), que votre compteur laisse passer à un instant donné. Vous la choisissez à la souscription du contrat et vous la payez via la part fixe de la facture, l’abonnement, quel que soit votre niveau de consommation. La part réseau de cet abonnement (TURPE) est fixée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et identique chez tous les fournisseurs (CRE, grille TURPE 7 en vigueur au 1er août 2026).

Comment savoir si ma puissance souscrite est trop élevée ?

Consultez votre courbe de charge sur votre espace client Enedis : elle montre la puissance réellement appelée toutes les 30 minutes. Si votre pic maximal sur douze mois reste nettement en dessous de la puissance souscrite (par exemple sous 60 à 70 %), vous payez une marge que vous n’utilisez jamais. C’est le cas le plus fréquent sur les locaux dont l’abonnement n’a pas été revu depuis l’installation.

Combien peut-on économiser en baissant sa puissance souscrite ?

La part réseau indexée sur la puissance vaut 10,42 €/kVA/an en option Base et 12,49 €/kVA/an en Heures Pleines / Heures Creuses, en basse tension jusqu’à 36 kVA (CRE, grille TURPE 7 en vigueur au 1er août 2026), à quoi s’ajoute la part fixe du fournisseur. Baisser de 12 kVA, par exemple passer de 36 à 24 kVA, allège donc l’abonnement de 125 à 150 € par an rien qu’en part réseau, et davantage une fois la part fournisseur incluse. C’est une économie récurrente, sans travaux.

Que se passe-t-il en cas de dépassement de puissance ?

En dessous de 36 kVA (segment C5), il n’y a pas de pénalité : le compteur Linky coupe l’alimentation dès que la puissance appelée dépasse la souscrite. Au-dessus de 36 kVA (C4), le dépassement est mesuré et facturé via la composante mensuelle des dépassements de puissance souscrite (CMDPS) du TURPE, 12,41 € HT par heure de dépassement en basse tension (CRE, grille TURPE 7 en vigueur au 1er août 2026). Dans les deux cas, la vraie perte est souvent opérationnelle : un four ou un serveur qui s’arrête coûte plus qu’une pénalité.

Comment modifier sa puissance souscrite ?

La demande passe par votre fournisseur, qui la répercute à Enedis, gestionnaire du réseau. Sur un compteur Linky en basse tension jusqu’à 36 kVA, la baisse se fait à distance, sans déplacement de technicien et sous 24 heures. Elle ne coûte que quelques euros : 3,60 € HT, soit 4,32 € TTC au catalogue de prestations Enedis, un tarif fixé par la CRE et donc identique chez tous les fournisseurs (CRE, barème des prestations des gestionnaires de réseaux de distribution en vigueur au 1er août 2026). Appuyez la demande sur votre courbe de charge pour viser le bon calibre du premier coup.