800 à 1 800 €
C’est ce que coûte, sur un an, un contrat de gaz renouvelé deux centimes trop cher, pour un local qui consomme entre 40 000 et 90 000 kWh. La hausse du gaz de septembre 2026 qui fait les titres, elle, ne vous coûtera rien : le prix repère publié par la CRE monte bien de 5,6 % TTC au 1er septembre, à 172,05 €/MWh (CRE, 2026), mais c’est un repère construit pour les ménages. Aucune entreprise n’y est indexée.
Le vrai risque pour un local professionnel n’est pas mensuel, il est contractuel. Vous ne subissez pas les variations : vous les encaissez d’un seul coup, le jour où votre contrat est renouvelé, pour un à trois ans. C’est cette marche d’escalier qui fait mal, et elle ne prévient pas.
Ce que l’écart vous coûte, en euros par an
Le calcul tient en une ligne et se refait de tête :
consommation annuelle en kWh × écart de prix du kWh hors taxes = surcoût annuel
La règle se retient facilement : chaque centime d’écart coûte 10 € par an et par tranche de 1 000 kWh consommés. Le même écart ne pèse donc pas du tout pareil selon ce que vous brûlez.
| Local | Consommation gaz | Écart de 1 c€/kWh | Écart de 2 c€/kWh |
|---|---|---|---|
| Cabinet ou boutique, 150 m² | 15 000 kWh/an | 150 €/an | 300 €/an |
| Restaurant, 200 m² | 40 000 kWh/an | 400 €/an | 800 €/an |
| Hôtel, 25 chambres | 90 000 kWh/an | 900 €/an | 1 800 €/an |
Les consommations sont des ordres de grandeur d’illustration. Remplacez-les par la vôtre : elle est écrite en kWh sur votre facture annuelle, pas en euros. C’est le seul chiffre qui transforme un pourcentage abstrait en euros. Pour situer ce volume par rapport à votre secteur, les repères par mètre carré sont rassemblés dans notre baromètre de consommation d’énergie du tertiaire.
Deux centimes d’écart, c’est l’ordre de grandeur qui sépare couramment deux offres proposées le même jour au même client. Sur l’hôtel, cela représente plus d’un mois de salaire chargé d’une femme de chambre, joué en une signature, sans qu’aucun travaux ne soit en cause.
Les quatre lignes à retrouver dans votre contrat
Sortez votre contrat de fourniture avant toute discussion commerciale. Ces quatre informations déterminent votre marge de manoeuvre, et elles ne portent pas toujours le nom qu’on attend.
- La date d’échéance. Cherchez « durée du contrat », « date de fin de fourniture » ou « terme », en général dans les conditions particulières de la première page ou dans l’annexe tarifaire. C’est la ligne la plus importante du document, et la plus souvent ignorée : elle fixe votre fenêtre de négociation, un à trois mois avant.
- Le prix du kWh hors taxes, part fourniture. Souvent appelé « prix de la molécule », « prix proportionnel » ou « terme variable », dans la grille tarifaire annexée. C’est le seul chiffre comparable d’une offre à l’autre. L’acheminement et les taxes s’appliquent à toutes les factures quel que soit le fournisseur : les inclure dans la comparaison brouille tout.
- La clause de reconduction. Elle dit ce qui se passe si vous ne faites rien. Le plus souvent, reconduction tacite aux conditions du marché du jour, donc sans mise en concurrence.
- Le préavis de résiliation. Sa durée et sa forme, généralement un écrit à envoyer avant une date précise. Lisez la durée exacte de la vôtre plutôt que de supposer : c’est elle qui décide si votre fenêtre de négociation est encore ouverte.
Avec ces quatre lignes et votre consommation en kWh, vous comparez sérieusement. Sans elles, vous discutez à l’aveugle.
S’y ajoutent trois réflexes qui ne coûtent rien et qui changent un rendez-vous. Exigez la part fourniture seule, par écrit, en centimes par kWh, hors acheminement et hors taxes : un interlocuteur qui ne communique qu’un total annuel vous empêche de comparer. Faites dater les offres de la même semaine, parce que le marché bouge en continu et que deux propositions reçues à trois semaines d’écart ne se comparent pas. Et si vous ne retrouvez pas votre consommation en kWh, demandez-la à votre fournisseur actuel plutôt que de l’estimer : c’est la donnée sur laquelle repose tout le reste.
Hausse du gaz de septembre 2026 : pourquoi ce chiffre n’est pas le vôtre
Le point est juridique. Les derniers professionnels encore au tarif réglementé de vente de gaz en sont sortis le 1er décembre 2020, en application de l’article 63 de la loi Énergie-Climat du 8 novembre 2019 (Légifrance). Depuis, il n’existe plus aucun barème public opposable à une entreprise. Votre prix est celui de votre contrat. La CRE le dit d’ailleurs elle-même : son prix repère est indicatif, et les fournisseurs construisent librement leurs offres.
Deux détails achèvent d’interdire la comparaison directe. Le repère est exprimé toutes taxes comprises, quand une entreprise assujettie récupère la TVA et raisonne hors taxes. Et il est bâti sur des profils domestiques, cuisson et eau chaude d’un côté, chauffage individuel de l’autre (CRE, méthode de calcul du prix repère) : un hôtel de 25 chambres consomme plusieurs fois le volume d’un logement, ce qui le place dans une autre bande tarifaire.
Ne transposez donc jamais les 5,6 % à votre facture. Ce que ce chiffre vous dit, en revanche, c’est que le coût d’approvisionnement monte, pour la CRE comme pour le fournisseur qui vous fera une offre en octobre. Ces marchés restent tendus par le blocage du détroit d’Ormuz depuis février 2026, dont nous avions détaillé la transmission aux factures dans notre analyse de la crise d’Ormuz 2026.
Ce que paient réellement les entreprises, et ce que ça vaut aujourd’hui
Au premier semestre 2025, les entreprises payaient en moyenne 68 €/MWh hors TVA pour leur gaz naturel (SDES, 2025). Les grandes consommatrices se situent à 43 €/MWh, et le SDES chiffre à 59 €/MWh l’écart entre les plus gros et les plus petits, ce qui place les plus petits autour de 102 €/MWh hors TVA (43 + 59), valeur déduite de ces deux publications.
Lisez ces trois niveaux pour ce qu’ils sont : une photographie du premier semestre 2025, c’est-à-dire la dernière mesure publiée, antérieure à la tension de marché de 2026. Ils vous disent l’écart normal entre un gros et un petit consommateur, ce qui est déjà précieux quand on vous présente une offre comme avantageuse. Ils ne vous disent pas le prix du jour.
Et nous ne vous donnerons pas de fourchette pour votre renouvellement. Annoncer « attendez-vous à tant » serait une prévision déguisée en information, et c’est vous qui signeriez dessus. Le seul chiffre solide reste celui que vous détenez : le prix inscrit sur votre contrat en cours. Comparez-le aux offres reçues, poste fourniture contre poste fourniture, et faites le calcul du surcoût annuel.
La seule part qui vous appartient entièrement
Négocier bien ne règle qu’une moitié du problème. L’autre est le nombre de kWh, et celle-là ne dépend d’aucun fournisseur. Un kWh évité économise à la fois sur la fourniture, sur l’acheminement et sur les taxes, puisque les trois se calculent sur la quantité consommée.
Sur un local à 40 000 kWh, 10 % de kWh évités représentent 4 000 kWh de moins chaque année, décomptés à la fois de la fourniture, de l’acheminement et des taxes. C’est le seul gain qui ne dépend ni du marché, ni de votre échéance, ni de votre négociation. Le réglage et la programmation du chauffage sont les leviers les plus rapides, et ils ne coûtent rien : nous les avons détaillés dans notre guide pour préparer le chauffage de son local avant l’hiver. La logique de renégociation, elle, est la même que pour l’électricité, détaillée dans notre article sur la renégociation d’un contrat professionnel.
Dernier point de contexte, souvent mal compris : le décret tertiaire ne vise que les bâtiments d’au moins 1 000 m². En dessous, aucune obligation de résultat ne pèse sur vous. Ce qui se joue ici est strictement économique.
Une offre bien négociée sur une consommation excessive reste une facture excessive.
Questions fréquentes
Le prix repère du gaz de la CRE s’applique-t-il aux professionnels ?
Non. Il est calculé pour les clients résidentiels, sur des profils de consommation domestiques. Les tarifs réglementés de vente de gaz ont pris fin pour les consommateurs non domestiques le 1er décembre 2020, en application de l’article 63 de la loi Énergie-Climat. Toutes les entreprises sont depuis en offre de marché, à un prix fixé par leur contrat. La CRE précise elle-même que ce repère est indicatif.
De combien augmente le prix du gaz au 1er septembre 2026 ?
Le prix repère publié par la CRE augmente de 5,6 % TTC au 1er septembre 2026 et atteint 172,05 €/MWh TTC. Ce niveau vise les clients résidentiels indexés sur ce repère. Une entreprise raisonne hors TVA récupérable, sur un autre profil de consommation et un autre tarif d’acheminement : le pourcentage ne se transpose pas à sa facture.
Combien paie une entreprise pour son gaz en France ?
Au premier semestre 2025, dernière mesure publiée, les entreprises payaient en moyenne 68 €/MWh hors TVA selon le SDES, avec 43 €/MWh pour les grandes consommatrices. Attention à la date : ces valeurs sont antérieures à la tension de marché de 2026. Elles servent à situer la dispersion entre profils, pas à juger un prix du jour.
Comment savoir si l’offre de gaz qu’on me propose est correcte ?
Comparez uniquement la part fourniture, en euros hors taxes par kWh, entre deux offres et avec votre contrat en cours. L’acheminement et les taxes sont identiques quel que soit le fournisseur : les inclure fausse la comparaison. Multipliez l’écart par votre consommation annuelle en kWh pour obtenir le surcoût en euros par an.
Un local de moins de 1 000 m² est-il obligé de réduire sa consommation de gaz ?
Non. Le décret tertiaire, qui impose une trajectoire de réduction des consommations, ne s’applique qu’aux bâtiments tertiaires d’au moins 1 000 m². En dessous de ce seuil, aucune obligation de résultat ne s’applique : la décision de réduire relève du seul intérêt économique.
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