220 m²

Un cabinet de 220 m², un commerce de 480 m², un bureau de 950 m² : en dessous de 1 000 m², le décret tertiaire ne vous concerne pas. Pas de compte à créer, pas de déclaration annuelle, pas d’objectif chiffré, pas d’amende. Deux réserves, traitées plus bas : vos surfaces peuvent se cumuler, et un bâtiment déjà assujetti le reste, même redécoupé. Mais trois choses au moins peuvent quand même vous coûter de l’argent, dès aujourd’hui et jusqu’en 2033, et aucune des trois ne se compte en mètres carrés : le DPE que vous devrez fournir le jour où vous vendez ou relouez, la rénovation des bâtiments non résidentiels les moins performants qu’impose la directive européenne du 24 avril 2024, et l’obligation d’automatiser les équipements, qui se déclenche sur leur puissance.

Une vérification avant tout le reste : le seuil ne s’apprécie pas local par local. Si vous avez plusieurs surfaces tertiaires dans le même bâtiment ou sur le même site, elles s’additionnent, et le total peut passer la ligne sans qu’aucun de vos locaux ne la passe seul.

Un mot sur le vocabulaire, une seule fois : ce n’est pas une dispense qu’on vous aurait accordée et qu’on pourrait vous retirer, c’est que le texte ne vous vise pas. Une dispense se surveille, un hors-champ ne se surveille pas. Ce qui se surveille, ce sont les trois échéances plus bas.

Êtes-vous vraiment sous le seuil ? Les trois cas à vérifier

L’article R.174-22 du Code de la construction et de l’habitation apprécie les 1 000 m² de surface de plancher dédiée aux activités tertiaires de trois façons, et il ajoute une règle de maintien qu’il faut connaître avant de se croire hors champ.

Sur un bâtiment entier. Un siège social autonome de 1 200 m² est concerné.

En cumulé dans un bâtiment à usages mixtes. Un immeuble de 800 m² de bureaux et 500 m² de logements reste hors champ côté tertiaire ; un immeuble de 1 100 m² de bureaux et 200 m² de commerce en pied d’immeuble est concerné.

En cumulé sur une même unité foncière ou un même site. Trois bâtiments commerciaux de 400 m² sur la même unité foncière ou le même site font 1 200 m² : concernés, alors qu’aucun des trois ne dépasse 1 000 m² pris isolément. C’est le piège du propriétaire de plusieurs petites surfaces.

Et une fois dans le champ, on y reste. C’est la règle que presque personne ne cite, et c’est celle qui peut vous concerner malgré vos 220 m². Le II de l’article R.174-22 prévoit que si les activités tertiaires cessent en partie, celui qui continue d’exercer une activité tertiaire reste assujetti même si les surfaces cumulées repassent sous 1 000 m². Un local qui est sous le seuil aujourd’hui peut donc rester concerné s’il a fait partie d’un ensemble autrefois assujetti, typiquement après le découpage ou la vente à la découpe d’un bâtiment. Si c’est votre cas, vérifiez auprès du précédent propriétaire avant de conclure que vous n’avez rien à déclarer.

Deuxième point que beaucoup ratent : le décret ne vise pas que les propriétaires. L’article L.174-1 soumet aux obligations les propriétaires et, le cas échéant, les preneurs à bail, et R.174-22 délimite les bâtiments concernés. Si votre bailleur détient un ensemble qui dépasse le seuil, la répartition des obligations se pose, et votre bail en dit souvent quelque chose.

Cas frontalier fréquent : le commerce sur deux niveaux, 600 m² au rez-de-chaussée et 350 m² à l’étage, soit 950 m², donc hors champ. Pour poser le calcul sur votre cas, notre simulateur du décret tertiaire fait le test.

Pour situer l’ordre de grandeur : le Cerema estime, sur les fichiers fonciers 2021, que plus de 920 000 locaux tertiaires de France métropolitaine seraient assujettis, pour environ 740 millions de m² (premiers résultats, en cours de fiabilisation).

Ce que le décret demande à ceux qu’il concerne

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire vient de la loi ÉLAN du 23 novembre 2018 et du décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019. Il impose une trajectoire de réduction de la consommation d’énergie finale : -40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050 par rapport à une année de référence choisie entre 2010 et 2022. Idée fausse répandue : ce n’est pas la seule voie. L’article L.174-1 prévoit une alternative, l’atteinte d’une valeur absolue de consommation fixée par arrêté selon la catégorie d’activité. L’une ou l’autre suffit.

Le suivi passe par la plateforme OPERAT de l’ADEME, avec une déclaration annuelle au plus tard le 30 septembre. Sa mécanique est détaillée dans notre guide de la déclaration OPERAT.

Voici, ligne par ligne, ce que la loi demande aux bâtiments de 1 000 m² et plus.

Les 7 lignes du décret tertiaire qui ne s'appliquent pas à vous : 5 obligations, 2 sanctions

Ce que le texte impose aux bâtiments de 1 000 m² et plus de surface tertiaire

#Obligation ou sanction du décret tertiaireTexte qui la porte
Créer un compte OPERAT et y décrire le bâtiment assujettiArrêté du 10 avril 2020 modifié
Déclarer chaque année, au plus tard le 30 septembre, les consommations de l'année précédenteArrêté du 10 avril 2020 modifié, art. 13
Renseigner une année de référence pleine d'exploitation comprise entre 2010 et 2022, hors 2020, avant le 30 septembre 2027Arrêté du 10 avril 2020 modifié, art. 3
Atteindre -40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050, ou la valeur absolue fixée par arrêtéArt. L.174-1 du Code de la construction et de l'habitation
Produire une étude énergétique pour demander une modulation des objectifsDécret n° 2019-771 du 23 juillet 2019
Répondre à la mise en demeure du préfet, sous peine de publication, sur un site de l'État, du document qui retrace les mises en demeure restées sans effetArt. R.185-2 du Code de la construction et de l'habitation
Amende d'au plus 1 500 € (personne physique) ou 7 500 € (personne morale) à défaut, non justifié, du programme d'actions exigé par le préfet, ou s'il n'est pas respectéArt. R.185-2 du Code de la construction et de l'habitation

Sources : décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 ; arrêté du 10 avril 2020 modifié ; art. L.174-1, R.174-22 et R.185-2 du Code de la construction et de l'habitation.

Deux précisions sur les dernières lignes, parce qu’elles circulent mal. L’amende ne sanctionne pas le défaut de déclaration : celui-ci déclenche une mise en demeure, puis une publication sur un site des services de l’État si elle reste sans effet. L’amende sanctionne l’absence non justifiée du programme d’actions que le préfet peut exiger quand les objectifs ne sont pas tenus, ou le non-respect du programme approuvé. Et l’article R.185-2 fixe des plafonds, 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale, pas un montant forfaitaire ni un montant annuel ; la procédure est menée par le préfet du lieu où se trouvent les bâtiments.

Les 3 choses qui peuvent quand même vous toucher, dès aujourd’hui et jusqu’en 2033

Les 3 échéances qui ne regardent pas votre surface

Sous 1 000 m², le décret tertiaire ne s'applique pas. Ces trois obligations ne se comptent pas en mètres carrés.

  1. Déjà en vigueur
    DPEUn DPE à joindre à toute vente et à toute mise en locationArticles L.126-26 à L.126-33 du Code de la construction et de l'habitation. Le seuil de 1 000 m² n'entre pas en jeu ; exclusions à l'article R.126-15.
  2. 2030 puis 2033
    Directive (UE) 2024/1275Rénovation des 16 % puis des 26 % de bâtiments non résidentiels les moins performantsDirective du 24 avril 2024, art. 9. Aucun seuil de surface ; transposition française en cours.
  3. 1er janvier 2030
    Décret BACSAutomatisation des bâtiments existants de 70 à 290 kWÉchéance reportée par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025. Un seuil de puissance, pas de surface.

Sources : art. L.126-26 à L.126-33 et R.126-15 du Code de la construction ; directive (UE) 2024/1275 ; décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025.

1. Le DPE, le jour où vous vendez ou vous relouez

C’est l’obligation la plus banale, et la plus souvent découverte trop tard. Le diagnostic de performance énergétique est exigé à la vente et à la mise en location d’un local à usage autre que d’habitation (articles L.126-26 à L.126-33 du Code de la construction et de l’habitation). Votre surface n’y change rien : les seules sorties sont les exclusions de l’article R.126-15, dont les bâtiments indépendants de moins de 50 m² de surface de plancher.

Ce qui vous touche n’est pas le diagnostic mais son résultat : un local mal classé se vend et se reloue moins bien. Périmètre et sanctions : notre dossier sur le DPE du local commercial.

2. La directive européenne du 24 avril 2024

La directive (UE) 2024/1275 sur la performance énergétique des bâtiments demande aux États membres, à son article 9, de fixer des seuils de performance tels que les 16 % de bâtiments non résidentiels les moins performants du parc national au 1er janvier 2020 soient traités d’ici 2030, puis les 26 % les moins performants d’ici 2033.

Ne vous trompez pas de statut pour autant. La directive est en vigueur au niveau européen, publiée au Journal officiel de l’Union européenne, mais les seuils français qui diront quels bâtiments sont visés ne sont pas encore arrêtés : la transposition est en cours. Personne ne peut donc affirmer que votre local de 400 m² sera dans les 16 %. Ce qui est certain, c’est que le texte européen ne réserve pas ses normes minimales aux grandes surfaces : il ne pose aucun seuil d’entrée comparable aux 1 000 m² du décret tertiaire, sa seule respiration liée à la surface étant la faculté laissée aux États d’exempter les bâtiments indépendants de moins de 50 m² (article 9, paragraphe 6).

3. L’automatisation des équipements : une puissance, pas une surface

Le décret BACS impose un système d’automatisation et de contrôle sur les systèmes de chauffage, de climatisation et de ventilation. Il ne regarde pas la surface mais la puissance nominale utile installée, ce qui en fait la seule des trois échéances capable de concerner un petit local très équipé.

L’état du droit, souvent mal recopié sur le web. Le décret d’origine est le décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020. Le seuil de 70 kW a été posé par le décret n° 2023-259 du 7 avril 2023 : ce n’est plus un projet, c’est du droit en vigueur. Les bâtiments existants de plus de 290 kW sont concernés depuis le 1er janvier 2025 ; entre 70 et 290 kW, l’échéance a été reportée au 1er janvier 2030 par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025. Dans le neuf, l’obligation s’applique dès 70 kW à la livraison.

Concrètement, un cabinet de 220 m² ou une boutique de 300 m² atteignent rarement 70 kW sur l’un de ces deux systèmes ; un restaurant, une salle de sport ou un commerce alimentaire de 700 m² peuvent y arriver. Ordre de grandeur, à refaire chez vous : à 60 à 100 W/m² de puissance installée, 70 kW correspondent à 700 à 1 200 m² de bureaux ou de commerce, moins pour un restaurant ou un commerce alimentaire. Pour savoir, lisez les plaques signalétiques et comparez séparément la puissance de votre chauffage et celle de votre climatisation : c’est la plus forte des deux, et non leur somme, qui se compare aux 70 kW. Modalités et dérogations : notre article sur le report du décret BACS à 2030.

Pourquoi agir sans y être obligé

Vous échappez aux obligations. Vous n’échappez pas aux factures. Selon l’INSEE, pour les clients professionnels, les prix de l’électricité resteraient en 2024 supérieurs de 67 % à leur niveau de 2021, et ceux du gaz de 62 %, aides déduites. C’est une projection publiée en mai 2024, pas un relevé de facture, mais elle pose le problème : un commerce qui payait 5 000 € d’électricité en 2021 aurait payé de l’ordre de 8 350 € en 2024 pour la même consommation ; les prix professionnels ont depuis reflué, sans revenir au niveau de 2021.

Second motif : un local performant se vend et se reloue mieux, à mesure que les acheteurs intègrent le coût d’usage dans leur calcul.

Par où commencer sans payer un bureau d’études

Le décret ne vous demande rien, et vous n’avez pas besoin d’un schéma directeur immobilier. Attention toutefois : l’audit énergétique réglementaire ne dépend pas du décret tertiaire mais de la consommation de votre entreprise, appréciée au niveau de l’entreprise (article L.233-1 du code de l’énergie) et non du bâtiment. Sous 1 000 m², un local seul n’atteint jamais ce seuil ; un parc de plusieurs dizaines de locaux peut l’atteindre. La voie utile tient en trois temps.

Comprendre où va votre facture. Avant d’investir, il faut savoir quel poste pèse quoi. C’est l’objet d’un pré-diagnostic énergétique de local tertiaire : une décomposition de la consommation par poste et votre position face à la médiane de votre secteur, sans visite sur site. Les résultats sont des estimations indicatives, données en fourchette, à confirmer par un professionnel avant d’engager des travaux.

Prioriser deux ou trois actions simples. Sous 1 000 m², les gisements sont presque toujours les mêmes : les plages horaires et les consignes de chauffage et de climatisation, l’éclairage encore en fluorescent ou en halogène, et la puissance souscrite quand elle a été dimensionnée pour un usage qui n’existe plus.

Vérifier les aides avant de signer. Les Certificats d’économies d’énergie ne sont pas réservés aux grands comptes, mais le catalogue de fiches change plusieurs fois par an, et une prime demandée après la signature du devis est perdue.