Une fois par an
C’est la fréquence à laquelle votre local est réellement mesuré. Le reste de l’année, vous versez des acomptes calculés à l’avance sur une consommation estimée : votre rattrapage était écrit dès le premier d’entre eux.
Deux vérifications suffisent pour savoir s’il est normal, et elles prennent cinq minutes. Divisez le rattrapage par le montant d’un acompte mensuel : vous obtenez le nombre de mois d’écart. Puis regardez la période couverte, car rien de plus ancien que quatorze mois ne peut vous être facturé.
Ces deux règles viennent de l’article L. 224-11 du code de la consommation, rendu applicable aux professionnels souscrivant 36 kVA ou moins par l’article L. 332-2 du code de l’énergie.
Un filtre avant de continuer. Recevez-vous une facture à l’en-tête d’un fournisseur d’énergie, à votre nom, avec un numéro de point de livraison ? Si non, votre énergie vous est refacturée par votre bailleur et la mécanique décrite ici ne vous concerne pas : votre sujet est l’état récapitulatif annuel des charges. Le repérage est expliqué dans notre article sur les lignes à vérifier dans un contrat d’électricité professionnel.
Pourquoi une facture de régularisation d’électricité arrive
Le mécanisme tient en deux temps, et aucun des deux n’est une anomalie.
Premier temps : le fournisseur estime votre consommation annuelle, à partir de l’historique du point de livraison, des caractéristiques du local, parfois de données météo pour la part chauffage. Cette estimation, divisée sur l’année, donne le montant de vos acomptes mensuels.
Second temps : une fois par an, la facturation est établie sur l’énergie consommée, et l’écart est soldé en une fois. Si l’estimation était basse, les acomptes l’étaient aussi, et le rattrapage encaisse douze mois de décalage d’un coup.
Elle ne tombe pas à une saison particulière : elle tombe à la date anniversaire de votre contrat. Si la vôtre arrive en septembre, c’est que vous avez souscrit en septembre.
Des acomptes calculés sur une estimation, une facture établie sur la mesure
Sur une année de contrat, les versements mensuels sont des acomptes d'un montant identique, calculés à l'avance sur une consommation annuelle estimée par le fournisseur. Une fois par an, la facturation est établie sur l'index réellement relevé au compteur, et la différence entre les acomptes versés et la consommation mesurée est soldée en une seule fois.
Ce que vous versez, et ce qui est mesuré
Cycle annuel d'un contrat mensualisé
DES ACOMPTES
Montant fixe, calculé sur une consommation annuelle estimée par le fournisseur
Aucune mesure n'intervient sur ces mois-là
1 FACTURE
Établie sur l'index réellement relevé
La régularisation
Le rattrapage = consommation mesurée - acomptes déjà versés
Le fournisseur facture au moins une fois par an en fonction de l'énergie consommée. Règle étendue aux professionnels souscrivant 36 kVA ou moins.
Sources : art. L. 224-11 code de la consommation, art. L. 332-2 code de l'énergie.
Un compteur communicant ne supprime pas ce décalage tant que vous restez en contrat mensualisé. Il fiabilise l’index, pas la consommation de référence qui a servi à calculer vos acomptes.
Il ouvre en revanche une porte de sortie. Plusieurs fournisseurs proposent une facturation mensuelle sur index réel : vous payez chaque mois ce que vous avez consommé le mois précédent, et il n’y a plus de régularisation annuelle du tout. Le prix du kilowattheure ne change pas, seule la mécanique de paiement change. La question à poser à votre fournisseur tient en une ligne : « proposez-vous une facturation mensuelle sur index réel sur mon contrat, et à quelles conditions ? » Si votre trésorerie supporte une facture qui varie d’un mois sur l’autre, c’est la façon la plus simple de ne plus jamais recevoir de rattrapage.
Le calcul qui répond à la question, en deux nombres
Le montant du rattrapage, seul, ne dit rien : il faut le rapporter à ce que vous versiez chaque mois.
Rattrapage divisé par acompte mensuel = le nombre de mois d’écart. Un ou deux mois, l’estimation était à peu près juste et l’année a simplement été un peu plus froide ou un peu plus chargée. Trois ou quatre mois, elle était structurellement basse, et elle le restera l’an prochain si personne ne la corrige. Au-delà, il y a probablement autre chose, et la période couverte mérite d’être regardée avant le montant.
Ce test ne demande aucune donnée que vous n’ayez pas sous les yeux, et il répond à la question posée sur la facture. Il ne dit pas si votre local consomme trop : c’est une autre question, et c’est la suivante.
Situer votre local : kWh par m² et par an
Une fois l’échéancier vérifié, reste à savoir si le local lui-même consomme trop. Ce diagnostic demande trois nombres.
- La consommation réelle de la période, en kilowattheures. C’est l’index de fin moins l’index de début. Attention : si votre contrat distingue heures pleines et heures creuses, vous avez deux index, donc deux soustractions à additionner.
- Le nombre de jours de la période facturée, indiqué sur la facture.
- La surface de votre local, circulations et réserves comprises. Prenez la surface de plancher de votre bail : c’est celle qui se rapproche le plus des surfaces sur lesquelles les repères sectoriels sont établis. Un écart de définition de 10 % déplace votre résultat d’autant, ce qui suffit à changer votre camp quand vous êtes proche du repère.
Le calcul : consommation divisée par le nombre de jours, multipliée par 365, divisée par la surface.
Le piège à ne pas manquer. Les repères sectoriels sont exprimés toutes énergies confondues. Si votre local est chauffé au gaz ou raccordé à un réseau de chaleur, votre électricité seule ne s’y compare pas : il faut additionner les kilowattheures de toutes vos factures d’énergie avant de diviser. Comparer une moitié de consommation à un repère entier fait conclure à une performance qui n’existe pas.
Pour situer le résultat, un plateau de bureaux tourne autour de 130 kWh/m²/an d’énergie finale d’après le Baromètre de la performance énergétique et environnementale de l’Observatoire de l’immobilier durable, édition 2025, sur données 2023. Les repères des autres activités, et leurs sources respectives, sont détaillés dans notre article sur la consommation d’énergie au m² d’un local tertiaire et dans le baromètre de consommation.
Un ordre de grandeur, pour un plateau de bureaux entièrement électrique de 400 m², chauffage et climatisation compris. L’hypothèse du tout électrique est indispensable : sans elle, le produit qui suit mélangerait un repère toutes énergies et un prix de l’électricité.
400 m² × 130 kWh/m²/an × 0,22 €/kWh hors TVA = environ 11 400 € hors TVA par an.
Le prix unitaire vient du prix moyen de l’électricité pour les petites entreprises au premier semestre 2025, soit 221 €/MWh hors TVA sur la tranche de consommation 0,02 à 0,5 GWh par an (SDES). Votre prix contractuel réel remplace utilement le nôtre.
Ce qui ne peut pas vous être facturé sur une régularisation d’électricité
Le principe d’une régularisation ne se conteste pas. Son assiette, si, et deux règles protègent les professionnels souscrivant une puissance inférieure ou égale à 36 kVA. Vérifiez la vôtre sur votre facture avant d’aller plus loin : c’est elle qui conditionne tout ce qui suit.
La limite des quatorze mois. Aucune consommation antérieure de plus de quatorze mois au dernier relevé ou autorelevé ne peut être facturée. Trois exceptions seulement : le défaut d’accès au compteur, l’absence de transmission d’un index par le client après une lettre recommandée avec avis de réception du gestionnaire de réseau, et la fraude (article L. 224-11 du code de la consommation). Le premier geste devant un rattrapage important est donc de regarder la période couverte, pas le montant.
Le remboursement d’un trop-perçu. La régularisation joue dans les deux sens : au-delà de 50 € en votre faveur, le trop-perçu vous est remboursé sous quinze jours, et non reporté sur la facture suivante (arrêté du 18 avril 2012, article 14). Les seuils exacts et le cas du gaz sont détaillés en fin d’article.
Ces deux règles ne font pas baisser une facture juste. Elles évitent de payer une facture qui ne l’est pas.
Le nombre qui a décidé de vos acomptes n’est pas encore sur votre facture
Vos acomptes ont été calculés à partir d’une consommation annuelle estimée. Ce nombre existe, il est dans le système de votre fournisseur, et il décide de tout : s’il est trop bas, la régularisation sera douloureuse année après année, quelle que soit votre consommation réelle. Or il ne figure sur aucune facture.
Cela change au 1er janvier 2027. Un arrêté du 20 juillet 2026, publié au Journal officiel du 18 août 2026, ajoute plusieurs mentions obligatoires : le prix unitaire du kilowattheure toutes taxes comprises, le prix de l’abonnement mensuel, le détail de chaque taxe, les moyens de transmettre soi-même un index, et la consommation annuelle utilisée par le fournisseur pour ses estimations. Le texte vise les clients relevant des articles L. 332-2 et L. 442-2 du code de l’énergie, soit une puissance électrique inférieure ou égale à 36 kVA ou une consommation de gaz inférieure à 30 000 kWh par an.
Le courriel à envoyer cette semaine
En attendant 2027, ce nombre se demande. Un courriel suffit, et il doit porter vos références sous peine de revenir sans réponse :
Objet : consommation annuelle de référence, point de livraison [numéro PRM ou PDL à 14 chiffres]
Client [référence client], site [adresse]. Merci de m’indiquer par courriel la consommation annuelle de référence utilisée pour calculer mes acomptes, la date de sa dernière révision, et la procédure pour la faire réviser. Réponse souhaitée sous huit jours.
Beaucoup de fournisseurs professionnels n’ont pas d’adresse de courriel publique : le message passe alors par le formulaire de votre espace client, qui laisse également une trace datée.
Comparez la réponse à la consommation réelle que votre régularisation vient d’établir. L’écart entre les deux, c’est le rattrapage de l’an prochain.
Ce que vous pouvez réellement changer, et ce qui ne changera rien
Réajuster ses acomptes ne fait pas économiser un euro : cela répartit autrement la même dépense. C’est une décision de trésorerie, utile en soi, mais elle ne relève pas du sujet énergie.
Trois leviers agissent sur le montant annuel, et ils restent accessibles à un exploitant qui ne possède pas ses murs.
| Levier | Ce qu'il change | Qui peut l'actionner |
|---|---|---|
| LevierPuissance souscrite | EffetLa part fixe, payée avant le premier kilowattheure. Retirer 10 à 25 kVA de calibre inutile vaut 100 à 310 € par an sur la seule part réseau (10 à 25 kVA × 10,42 à 12,49 €/kVA/an) | QuiLe titulaire du contrat, en cours de contrat |
| LevierConsignes de température | EffetDeux limites réglementaires, et la seconde est celle qui pèse sur un plateau de bureaux : 19 °C en moyenne pondérée pour le chauffage (art. R. 241-26), et une climatisation qui ne doit fonctionner que au-dessus de 26 °C intérieurs (art. R. 241-30). Beaucoup d'installations tournent en deçà sans que personne l'ait décidé | QuiL'exploitant, sans travaux ni accord du bailleur |
| LevierHoraires de relance et d'arrêt | EffetCe qui tourne quand personne n'est là : une centrale de traitement d'air qui démarre deux heures trop tôt, la climatisation le week-end. Chaque tranche de 100 W ainsi oubliée coûte environ 130 € par an, jusqu'à 190 € si elle tourne en continu | QuiL'exploitant, sur le tableau de commande existant |
Une honnêteté sur l’ordre de grandeur, avant que vous n’y passiez la journée : sur une facture annuelle à cinq chiffres, ces trois leviers se comptent en centaines d’euros, pas en milliers. Ils sont gratuits et immédiats, ce qui les rend utiles, mais le gros de l’écart se joue sur le bâti et les équipements, c’est-à-dire chez votre bailleur.
La puissance souscrite mérite une vérification systématique après une régularisation : notre article sur la puissance souscrite d’un local professionnel explique comment la situer face à la pointe réellement atteinte.
Dernier geste, et c’est celui qui sert le plus quand on est locataire : envoyez votre consommation au mètre carré, par écrit, à votre bailleur et à votre mainteneur, en demandant une explication d’écart chiffrée et une date. Un locataire qui arrive avec un chiffre obtient une réponse ; un locataire qui dit qu’il fait trop chaud s’entend répondre que c’est l’été.