790 €
C’est ce que quatre écrans de vitrine consomment entre minuit et 7 h du matin sur une année, quand personne ne passe devant. Sept heures par nuit, trois cent soixante-cinq nuits, à regarder des annonces que personne ne lit.
C’est aussi, exactement, ce que vous récupérez en programmant une extinction nocturne, sans renoncer à un seul regard de passant. Voici comment ce chiffre se calcule sur vos propres écrans, pourquoi la vitrine pèse ici cinq fois ce qu’elle pèse ailleurs, ce que dit le droit sur un écran situé derrière la vitre, et les cinq réglages qui restent ensuite.
Un écran de vitrine, ce n’est pas un grand écran de bureau
Un écran professionnel de 46 pouces conçu pour la vitrine consomme entre 330 et 380 watts. Un écran d’intérieur de 43 pouces, celui qui est posé dans votre espace d’accueil, consomme environ 67 watts. Trois pouces de diagonale en plus, cinq fois la consommation.
L’écart ne vient pas de la taille, il vient de la luminosité. Un écran de vitrine doit rester lisible derrière une vitre, en plein soleil, à travers un reflet : il monte à 3 000 ou 4 000 candelas par mètre carré, l’unité qui mesure la lumière émise par la dalle. Un écran de bureau, regardé à un mètre dans une pièce éclairée, se contente de 500 cd/m². Toute cette lumière est de l’électricité, produite en continu tant que la dalle est allumée.
Ce facteur 5 tient même si votre modèle exact n’est pas celui-là. Vérifiez-le en trente secondes : l’étiquette au dos de l’écran porte sa puissance en watts, la fiche technique du fabricant donne sa luminosité en cd/m². Si vous lisez 3 000 ou plus, vous êtes dans le cas décrit ici.
Les deux chaînes de calcul, à refaire avec vos écrans
Tous les chiffres de cet article décrivent la même agence de référence : 150 m², huit postes de travail, quatre écrans de vitrine. Si la vôtre est deux fois plus grande, doublez, et méfiez-vous d’une seule ligne, l’éclairage, qui suit la surface quand les écrans suivent leur nombre.
Prenons donc quatre écrans à 350 W, la valeur médiane de la fourchette constructeur, allumés en permanence, à 0,22 €/kWh hors taxes (SDES, 1er semestre 2025). Ce prix est hors taxes, comme celui que vous lisez sur la ligne « prix unitaire » de votre facture, pas le montant TTC divisé par les kWh. Si vous voulez raisonner en euros réellement décaissés, prenez votre prix TTC : le calcul est le même et le résultat monte d’environ un quart.
Coût annuel de quatre écrans de vitrine, en continu et sur les seules heures de nuit
Quatre écrans de 350 watts allumés 8 760 heures par an consomment 12 264 kilowattheures, soit environ 2 700 euros par an à 0,22 euro le kilowattheure. Les seules heures comprises entre minuit et 7 heures, soit 2 555 heures par an, représentent 3 577 kilowattheures et environ 790 euros par an.
Quatre écrans de 350 W : la dépense totale, et la part de la nuit
La part orange se récupère sans perdre un seul regard de passant.
Puissance : fiches constructeur écrans 46" haute luminosité. Prix : SDES, S1 2025, bande 0,02 à 0,5 GWh/an.
Deux chiffres, donc, et ils ne racontent pas la même histoire. Les 2 700 € sont ce que vous dépensez ; ils servent à mesurer, pas à décider. Les 790 € sont ce que vous récupérez ; c’est le seul des deux sur lequel vous pouvez agir demain matin.
Substituez vos valeurs : six écrans au lieu de quatre, et la nuit vous coûte 1 180 €. Le calcul tient en une ligne, puissance totale en kilowatts × heures × votre prix du kWh.
Non, il ne faut pas éteindre à la fermeture
C’est la recommandation qu’on lit partout, et elle est mauvaise pour votre métier.
Une agence immobilière laisse ses écrans allumés le soir exprès. Les gens regardent les annonces en sortant du restaurant, en promenant le chien : c’est le seul moment où quelqu’un s’arrête vraiment devant une vitrine d’agence, sans la pression d’entrer. Éteindre à 19 h revient à supprimer la fonction même de l’équipement, et aucun gérant ne le fera.
La bonne coupure est ailleurs, et elle est indolore : de minuit à 7 h. Entre ces deux bornes, votre vitrine éclaire une rue vide. Le passage nocturne existe, mais il ne s’arrête pas pour lire un prix au mètre carré.
Ce que cette coupure coûte en visibilité mérite d’être posé plutôt que balayé : vous perdez les regards de la sortie du samedi soir, ceux du travailleur de nuit, et les vitrines restées allumées quand la vôtre est noire créent un contraste. Face à cela, 790 € par an, chaque année, sans travaux. L’arbitrage est le vôtre, mais il se fait avec les deux chiffres sous les yeux.
Techniquement, il n’y a le plus souvent rien à acheter. La quasi-totalité des écrans professionnels d’affichage dynamique embarquent un planificateur d’allumage et d’extinction, souvent nommé on/off timer dans le menu de réglages ; si vos écrans sont pilotés par un boîtier de diffusion, la programmation se fait dans le logiciel. Dix minutes, aucune intervention sur l’installation électrique.
Et si vous n’avez accès ni au menu ni au logiciel, parce que le matériel appartient à votre prestataire ? Une horloge sur la prise murale fait le même travail pour une vingtaine d’euros. Coupez l’alimentation plutôt que de laisser en veille, la veille d’un écran de cette puissance n’est pas négligeable, et un cycle d’extinction quotidien n’abîme pas une dalle conçue pour un usage professionnel continu. Prévenez tout de même votre prestataire : un boîtier de diffusion coupé brutalement met parfois une minute à retrouver son flux au rallumage.
Ce que dit le droit, et pourquoi la réponse est en mairie
Voilà le point où les articles génériques se trompent, parce qu’ils appliquent aux écrans de vitrine la règle des enseignes.
Le régime national d’extinction de la publicité lumineuse ne s’applique pas à un dispositif situé à l’intérieur d’un local. L’article L. 581-2 du code de l’environnement écarte de ce chapitre la publicité placée à l’intérieur d’un local, et un écran posé derrière votre vitre est à l’intérieur. Un écran fixé sur la façade, lui, n’y échappe pas.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a ouvert au règlement local de publicité la faculté d’imposer des horaires d’extinction aux enseignes et publicités lumineuses situées à l’intérieur des vitrines et visibles depuis la voie publique. Le droit national vous laisse libre, votre commune peut ne pas vous laisser libre, et beaucoup s’en sont saisies depuis 2022.
Quant à savoir qui paie si l’infraction est constituée, la réponse ne dépend pas de votre bail. L’article L. 581-27 du code de l’environnement vise celui qui a apposé ou maintenu le dispositif, donc l’agence exploitante ; le propriétaire des murs n’est recherché qu’à défaut d’identification de l’exploitant. Un bail ne déplace pas une responsabilité de police administrative.
Le geste concret, trois minutes. Le règlement local de publicité, quand il existe, est annexé au plan local d’urbanisme et consultable en mairie, souvent en ligne dans la rubrique urbanisme. L’interlocuteur est le service urbanisme, et la question tient en une phrase : « votre règlement local de publicité comporte-t-il des horaires d’extinction pour les dispositifs lumineux intérieurs visibles de la voie publique ? » Si la commune n’a pas de RLP, la question est close.
Les cinq réglages, avec leur chiffre, leur geste et leur interlocuteur
La vitrine faite, voici ce qui reste. Chaque ligne dit ce que le poste vaut, ce qu’il faut faire, et à qui le demander.
1. Les écrans de vitrine. 790 €/an. Programmer l’extinction de minuit à 7 h. Interlocuteur : votre prestataire d’affichage dynamique, ou personne si vous accédez au menu vous-même.
2. L’enseigne lumineuse. De l’ordre de 120 €/an pour une enseigne de 300 W éteinte cinq heures par nuit. Ce n’est pas un choix : l’extinction entre 1 h et 6 h est obligatoire dès la cessation d’activité. Interlocuteur : votre enseigniste, pour poser l’horloge. Régime et sanction dans notre article sur l’extinction des enseignes lumineuses la nuit.
3. La bureautique la nuit et le week-end. De l’ordre de 330 €/an pour huit postes fixes laissés en veille hors ouverture ; selon l’ADEME, un équipement informatique en veille consomme encore 20 à 40 % de sa consommation en marche. Le geste : extinction planifiée des postes, bandeaux de prises pilotés pour les périphériques. Interlocuteur : votre prestataire informatique.
4. L’éclairage intérieur. De l’ordre de 240 €/an pour 150 m² éclairés trois heures de trop chaque jour, avant l’ouverture et après le départ du dernier collaborateur. Ce n’est pas non plus tout à fait un choix : l’éclairage des locaux professionnels doit être éteint au plus tard une heure après la fin de l’occupation. Le geste : une horloge, un détecteur dans les zones de passage. Interlocuteur : un électricien, une demi-journée.
5. La consigne de chauffage et de climatisation. 7 % de votre poste chauffage par degré, selon l’ADEME. En euros, c’est votre propre ligne chauffage, lue sur votre facture de gaz ou, en tout électrique, en comparant un mois d’hiver à un mois de mai. Côté froid, la climatisation ne doit être mise en fonctionnement que lorsque la température intérieure dépasse 26 °C. Interlocuteur : votre mainteneur CVC, à la visite d’entretien.
Les quatre premiers postes totalisent environ 1 500 € par an, sans travaux et sans l’autorisation de personne. C’est l’ordre de grandeur qui justifie d’y passer une journée.
Les deux lignes de votre bail à regarder maintenant
Vous êtes probablement locataire de votre local, et deux clauses conditionnent ce que vous pouvez faire.
La ligne des travaux et des équipements. Poser une horloge, un contacteur, un détecteur de présence, c’est intervenir sur l’installation électrique du local, et la plupart des baux commerciaux soumettent les travaux du preneur à l’accord écrit du bailleur. Pour des équipements de cette taille, un courrier d’information suffit généralement, mais lisez la clause avant de faire poser, pas après. Le partage entre bailleur et locataire est détaillé dans notre article sur les travaux d’énergie en bail commercial.
La ligne des charges et de la répartition. En pied d’immeuble avec un chauffage collectif, votre poste chauffage n’est pas sur votre facture d’énergie mais dans votre appel de charges, et le réglage numéro 5 ne vous appartient pas. L’inventaire des catégories de charges annexé à votre bail vous dit ce que vous payez et ce que vous ne payez pas.
Votre agence n’a pas de vitrine sur rue ? Alors le premier poste de cet article ne vous concerne pas, et l’ordre de priorité change : la bureautique et l’éclairage passent devant, la consigne de chauffage devient le premier levier en valeur, et la puissance souscrite mérite un examen à part. Les postes d’un bureau sans vitrine sont détaillés dans notre article sur le diagnostic énergétique des bureaux.
Et la fameuse consommation au mètre carré ?
Elle n’existe pas pour un local comme le vôtre : les seuls ratios publiés portent sur des parcs d’investisseurs institutionnels, immeubles entiers avec centrale de traitement d’air et parkings.
Voici comment lire la vôtre. Total payé sur douze mois glissants, hors TVA, abonnement compris, divisé par votre surface réelle. Le nombre obtenu ne vous classe pas dans un secteur, il vous compare à vous-même : c’est sa variation d’une année sur l’autre qui vous dira si la journée de réglages a servi à quelque chose. Un piège au passage : la consommation affichée sur un DPE tertiaire est exprimée en énergie primaire et ne se multiplie jamais par un prix du kWh facturé : voyez quelle ligne du DPE convertir en euros. Les repères par secteur sont réunis dans notre baromètre de consommation d’énergie du tertiaire.